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08 octobre 2019

Ouest France, « Les agents de la fonction publique souffrent beaucoup »

Retrouvez l'article  d'Aurore Toulon sur le site de Ouest France, publié le 3 octobre 2019


La santé des travailleurs, c’est leur boulot. Anne Quélennec est psychologue du travail à Quimper (Finistère). D’après son expérience, être fonctionnaire est loin d’être la planque tranquille qu’on caricature. Stress, épuisement professionnel : ces maux touchent particulièrement les agents de la fonction publique.
Anne Quélennec est psychologue du travail à Quimper.
Anne Quélennec est psychologue du travail à Quimper (Finistère). Elle fait le point sur la situation du stress et d’épuisement au travail. Entretien.
En tant que psychologue du travail, à quoi êtes-vous confrontée ?
Ça va du stress dans sa définition la plus vaste jusqu’aux salariés exposés à la violence, au harcèlement moral ou sexuel. On distingue le « burn-out », l’épuisement professionnel du « bore-out », quand on s’ennuie dans son travail. Certains sont mis au placard et n’ont vraiment rien à faire. Et on parle désormais aussi de « brown-out », pour les gens qui considèrent que leur boulot ne sert à rien.
Le burn-out n’est pas encore reconnu comme maladie professionnelle ?
Les choses évoluent dans ce sens. Dans le burn-out, on a souvent des gens très impliqués dans leur travail. Parfois la surcharge ne vient pas de l’entreprise mais du salarié lui-même qui ne sait pas s’arrêter, par besoin de reconnaissance, de faire ses preuves, d’être le meilleur…
C’est un phénomène violent ?
Oui ! Une victime de burn-out ne peut plus travailler. En plus des symptômes classiques dont l’épuisement, il y a souvent une forte baisse de l’estime de soi. Un patient me l’avait décrit d’une façon très imagée en me parlant de l’impression d’être un élastique sur lequel on a tiré pendant des mois et qui a lâché d’un coup.
Quelles professions rencontrez-vous le plus ?
Il y a des risques liés à chaque métier. Les aides-soignants en Ehpad [Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes] doivent parfois faire face à l’agressivité de patients malades d’Alzheimer, les pompiers sont éprouvés par les situations qu’ils rencontrent. Il y a des métiers comme les policiers, les infirmiers et les médecins qui sont en souffrance parce que les valeurs sont très engagées.
L’épuisement professionnel n’est pas réservé aux cadres sup’alors ?
Non. C’est vrai qu’en ouvrant mon cabinet, je pensais que j’aurais surtout des cadres en entreprise. Et je me suis aperçue que les agents de la fonction publique souffrent beaucoup. On n’y pense pas forcément mais l’actualité le montre [avec le suicide d’une directrice d’école en région parisienne le 21 septembre].
Qu’est-ce qui peut expliquer ce mal-être dans la fonction publique ?
Il y a cette notion de service public et la volonté de bien faire, confrontées à la réduction de moyens. Et puis dans le privé on peut changer de travail si ça ne convient pas, mais dans la fonction publique ça ne marche pas pareil.
Dans les collectivités locales, les agents vivent au rythme de la vie politique. Avant une élection, les dossiers sont à l’arrêt dans certains services tandis que d’autres comme les services communications sont très sollicités. Et après l’élection, un changement d’équipe municipale peut avoir des conséquences sur l’organisation.
Et du côté de l’école ?
Les enseignants aussi sont touchés, je rencontre parfois des jeunes qui débutent et veulent changer de job au bout de deux ou trois ans. On leur donne souvent des classes multiniveaux en début de carrière. Résultat : ils ont beaucoup de préparation de cours le soir et ils s‘épuisent très vite. Si en plus les rapports avec les familles sont difficiles, ça devient vite différent de ce qu’on imaginait quand on a choisi ce métier…

02 mai 2014

"Le travail grignote l'intimité de la vie familiale" (Christophe Dejours): interview France Info


Ecouter l'interview de Christophe Dejours par Jean Leymarie: lien

Le psychiatre et psychanalyste Christophe Dejours revient en ce 1er mai sur la notion de travail. L'évolution des technologies et la pression sur les salariés ont changé la donne. Aujourd'hui, on souffre parfois de ne pas pouvoir faire correctement son travail.

Christophe Dejours est professeur au Conservatoire national des Arts et métiers © Radio France - Jean Leymarie
Le fait d'avoir un travail n'est pas une fête aujourd'hui. "C'est certain qu'il est pire encore de ne pas en avoir. Mais actuellement, il y a des gens qui ont un travail mais qui ne s'en portent pas bien pour autant ", explique le psychiatre. La sécurité de l'emploi ne fait donc pas forcement le bien-être du travailleur.
Le plus souvent les patients de ce médecin évoquent la surcharge de travail, notamment liée aux nouveaux outils qui vont de l'ordinateur aux smartphones.

Cadences et exigences de performances

Les patients ne peuvent plus faire convenablement leur travail. "On essaie d'atteindre grossièrement la cible". C'est le cas à Pôle Emploi ou dans la police. Finalement, les salariés souffrent de mal faire leur travail. "Cela vient dans l'ombre des pathologies de surcharge, les infarctus, les troubles musculo-squelettiques, le burn-out et le dopage pour pouvoir tenir les cadences."

Une situation dégradée mais des solutions existent

Les gens sont débordés par l'exigence permanente de donner des informations sur leur propre travail. Pour diminuer la pression temporelle, il faut repenser le travail collectif.
Les salariés doivent venir eux aussi avec leurs solutions pour l'équipe. "Les managers aujourd'hui donnent des ordres sans qu'on leur réponde", constate Christophe Dejours, "il faut leur répondre". C'est ainsi, selon lui, que l'on trouvera des solutions à ce mal-être des salariés.

01 avril 2014

Souffrance au travail du personnel d'aide à la personne dans le Finistère

Alors que l'humanitude est en coeur de nombreux projets d'établissement, les restrictions budgétaires déshumanisent la fonction de soins et d'aide, tout en exposant les salariés et les agents à la souffrance au travail: stress, violence, burn-out (épuisement professionnel)...

Face à la souffrance au travail, la prévention des risques psychosociaux (au niveau primaire, secondaire et tertiaire) s'impose.

Article du Télégramme à ce sujet: La CFDT a organisé, le 1er avril, devant la préfecture, une manifestation sur la situation des établissements et services de maintien à domicile ou à la personne. « Depuis plusieurs années, les établissements et services font face à un accroissement de leur charge de travail en lien avec l'augmentation de la dépendance. Les personnes aidées ont de plus en plus besoin d'aides et de soins. Pour autant, les crédits dédiés à cette prise en charge stagnent alors que les coûts augmentent et ne permettent plus aux établissements d'investir en ressources humaines », indique la CFDT. « Aujourd'hui, les responsables administratifs des structures ne sont plus responsables que des finances. Cela devient l'unique préoccupation administrative », critique le syndicat pour qui, « le personnel en a assez de cette administration qui rabâche sans cesse qu'il faut de la qualité sans en donner les moyens, assez d'être les témoins quotidiens d'une dégradation de la prise en charge des aînés, assez d'être pris en otage de conditions de travail lamentables (...) Dans de telles conditions comment parler de la qualité dans les projets d'établissements ».

Après avoir manifesté devant la préfecture, 400 salariés d'une trentaine de maisons de retraite et des organismes d'aide à domicile ou d'aide aux particuliers du Finistère ont protesté le long des quais de l'Odet.



Quimper. 400 manifestants contre la souffrance... par LetelegramQuimper. 400 manifestants contre la souffrance... par Letelegrammeme;">

A ce sujet, lire: Le Travail du Care de Pascale Molinier

09 mars 2014

Voir: Hôpital: Attention, fragile

Infrarouge, sur France 2, propose un documentaire inédit de Stéphane Molez et Thierry Kübler mardi 11 mars 2014 à 22.50.







Documentaire.
Réalisé par Stéphanie Molez et Thierry Kübler.
Produit par Zadig Productions.
Avec la participation de France Télévisions, Centre national du cinéma et de l'image animée et La Procirep - Société des producteurs et de l'ANGOA.
Un docteur interniste, un chirurgien proctologue et un médecin urgentiste : en suivant ces trois personnages dans trois hôpitaux, Hôpital, attention : fragile s’attache à capter le face à face singulier qui se noue avec leurs patients. Médecins physiquement épuisés, psychologiquement éprouvés par leurs conditions de travail ; patients oscillant entre soumission et défiance vis à vis du corps médical : en adoptant tantôt le point de vue du malade, tantôt celui du médecin, le film explore les ressentis et les non-dits qui tissent leurs relations. L’hôpital public assume encore ses missions, vaille que vaille, mais pour combien de temps encore ?
La case Infrarouge invite les téléspectateurs à réagir et commenter les documentaires en direct sur twitter via le hashtag #infrarouge


Hôpital : attention, fragile ! par Telerama_BA
Pour  comprendre l'origine des maux de l'hôpital, la souffrance du personnel hospitalier et les difficultés rencontrées par les malades, écoutez la conférence sur la santé organisée par les économistes atterrés en janvier 2014:
http://www.atterres.org/vid%C3%A9o/conf%C3%A9rence-d%C3%A9bat-sur-la-sant%C3%A9-le-23-janvier-2014


15 octobre 2013

Le Burn-Out

DOSSIER SUR LE BURN-OUT
  • Le burn-out: Comment apparait-il ? Comment se manifeste-t-il ? Comment le combattre ? Comment se faire aider ?

Retrouvez l'article que j'ai rédigé pour la plateforme Jeconsulteunpsy / Pros-Consulte: lien


  • Etes-vous concerné(e) ?

Pour le savoir, faites le test MIB (Maslach Burn Out Inventory)

  • Lire des témoignages


1. Ne devenez pas un hyper-travailleur

Le modèle de l’hyper-activisme a échoué. On peut être efficace sans forcement être en agitation permanente, réactif au moindre courant d’air, sur un mode "faire" en permanence.

C’est souvent la faute de l’hyperpression que l’on subit, avec l’obligation de faire plus vite, mieux et moins cher. Mais attention aussi au surinvestissement et au surengagement que l’on s’impose à soi-même. Là, on peut changer un peu son attitude vis-à-vis du travail.

2. N’attendez pas d’être "vidé" par le surmenage

Ne grillez pas toutes vos cartouches. L’élément-clé du burn-out, c’est le surmenage, responsable du symptôme qui apparaît en premier : la fatigue. Il est normal d’être plus fatigué en fin de semaine, en fin d’année ou si on a dû boucler un travail super important. Mais la première chose qui doit alerter c’est lorsque la fatigue ne s’efface plus par le simple repos.

C’est comme si, chaque matin, on partait avec un handicap qui s’aggravait un peu plus. Minime au début, mais qui ne fait que s’amplifier et qui peut aller jusqu’à l’épuisement. N’attendez pas d’être complètement "vidé" pour agir.

3. Ne pensez pas que ça vient seulement du corps

Le burn-out, en plus de la fatigue, touche le corps et conduit souvent à consulter son médecin traitant. Et, à faire des bilans qui sont normaux, on se demande d’où cela vient.

Pas toujours simple face à des maux de tête persistants, des douleurs et des contractures des muscles, des maux de ventre, des palpitations, une insomnie de se dire que c’est le stress qui est en cause.Inutile de se bourrer de vitamines ou d’aspirine ou de courir tous les spécialistes.

Note d'Anne Quélennec: Néanmoins, l'alimentation, et de façon plus générale une bonne hygiène de vie (sommeil, activité physique, activités relationnelles) aident à réduire les effets du stress.
4. Ne vous croyez pas indispensable

On connaît tous la citation d’Alphonse Allais : "Les cimetières sont remplis de gens irremplaçables." Attention à ne pas tomber dans les pièges de celui qui veut tout faire tout seul, qui veut être partout en même temps, qui pense que sans lui les choses n’avanceraient pas et qu’il est le seul à travailler de manière efficace. Dites-vous de temps en temps : "Yes, we can’t."

5. Ne vous prenez pas pour John Wayne ou Superwoman

On n’est pas des superhéros capables de déplacer des montagnes, impassibles aux problèmes et à la déception que nous rencontrons dans notre travail. On peut toutefois apprendre à accepter certaines choses, c'est-à-dire à prendre une certaine distance, passer à autre chose pour ne pas s’enfermer et persévérer dans une direction ou l’on ne trouvera pas d’issue.

6. Ne vous dites pas non plus que vous êtes nul(le)

Certains sont plus armés que d’autres, mais chacun d’entre nous a la capacité de dépasser un moment difficile. Cela n’a rien à voir avec le courage, même s'il faut une dose d’acceptation pour pouvoir rebondir.

Car, le cœur du problème dans le burn-out, c’est la lutte légitime que l’on met en place et qui finit par se retourner contre nous. Insidieusement, le doute s’installe et aboutit à une perte de confiance et du sentiment d’efficacité et d’accomplissement professionnel. Comme on fait de la gym pour s’entretenir le corps, n’oubliez pas de flatter votre ego de temps en temps.

7. Ne laissez pas vos émotions prendre le pouvoir

Certains vont cacher leur émotions jusqu’au déni, d’autre vont craquer et se mettre à pleurer ou en colère face à des événements minimes qui n’en valent vraiment pas la peine. Il faut trouver le juste milieu. Bien sûr, une bonne petite colère, ça libère quand elle est justifiée et rare, mais attention à ce qu’elle ne se retourne pas contre vous. À l’inverse, acceptez vos émotions sincèrement sans penser qu’elles vous desservent.

8. Ne soyez pas cynique et négatif

Malgré le stress, gardons le goût des autres et cela ne sert à rien de devenir cynique et destructeur et de faire payer aux autres son mal-être. Voyez plutôt les choses positives que vous faites, les services que vous rendez, ce qu’il y a de bien à l’extérieur, les échanges et les partages de chaque moment. Ne cédez pas à des ressentis toxiques contre vous-même et les autres.

Note d'Anne Quélennec: ne culpabilisez cependant pas face à des comportements d'indifférence ou de cynisme. Si bien sûr, il faut chercher à les combattre, ils peuvent également être un des symptômes du burn-out...

9. Ne restez pas seul(e) face à vos problèmes

Le silence, le repli sur soi, l’isolement, c’est ce qui conduit à s’enfoncer dans le burn-out. À l’extrême, plus on se sent mal, plus ce sentiment s’accentue, et ce n’est pas bon du tout. Parlez avec les autres, faites le point, cherchez des solutions plutôt que de poursuivre la même position négative. Et parfois il faut savoir aussi se faire aider par des gens qui connaissent le problème.

10. Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier

Le travail peut être la valeur la plus importante de votre vie mais elle ne peut être la seule. Il peut combler beaucoup d’absence, apaiser des angoisses, aider à se réaliser mais pas combler tous les manques. Refaites le point sur vos propres valeurs et, si, pour vous, l’amour, vos proches, vos loisirs en font partie, consacrez-leur le temps qu’ils méritent.

Des employés au travail tard le soir, dans un immeuble de bureaux d'Issy-les-Moulineaux (V.ISORE/MAXPPP).

05 octobre 2013

Soirée débat sur le burn out, mercredi 9 octobre sur France 2

A 20:45: 15 jours ailleurs, de Didier Bivel (voir fiche allocine)
Pression insoutenable, concurrence déloyale d’une jeune adjointe : Vincent a fait un « burn out » en pleine réunion de travail. Avec l’accord de son épouse, il est interné en psychiatrie.

A 22:15 Burn out : quand le travail nous fait craquer, débat animé par Benoît Duquesne 
Face à l'augmentation de patients touchés par le «burn out», de nombreux médecins se mobilisent pour faire reconnaître ce «syndrome d'épuisement professionnel» comme une maladie professionnelle. Près de 10% des salariés en France sont victimes de ce problème de santé. Des salariés poussés au bout de leurs limites en viennent même au suicide sur leur lieu de travail. En plateau, Benoît Duquesne s'interroge sur le «burn out». Le comédien Didier Bourdon, qui a joué dans la fiction «15 Jours ailleurs», dans laquelle il incarne un homme victime de ce mal, témoigne au cours de cette émission.


11 mai 2013

Qu'est-ce que le burn-out ?

Comment apparait-il ? Comment se manifeste-t-il ? Comment le combattre ?
Retrouvez l'article que j'ai rédigé pour la plateforme Pros-Consulte: lien


03 mars 2013

Le burn-out, témoignage et entretien avec Aurélie Defois



Burn-out: quand le corps du stop! ©Phovoir
« Depuis 5 ans, je travaillais entre 60 et 70 heures par semaine. Et puis un jour, mon cerveau a fait un énorme bug ». Diagnostic: burn-out ! C’était il y a près de 4 ans. Aujourd’hui Stéphanie (prénom modifié), 39 ans, s’en est sortie. Elle parle librement de son histoire. Celle d’une jeune femme hyperactive, au point qu’elle en est devenue « un légume ». Témoignage.
Il y a encore 4 ans, Stéphanie était responsable commerciale dans une PME. Quatre vendeurs à diriger, des objectifs toujours plus ambitieux, « une pression intense de la hiérarchie »… Elle travaillait plus de 12 heures chaque jour, dormait 5 heures en moyenne par nuit. « A l’époque, je me voyais juste comme quelqu’un qui bossait  beaucoup et qui en faisait toujours plus que ce qu’on lui demandait. J’avais de grandes capacités de travail avec, c’est vrai, cette impression d’être plus forte que les autres. A tel point que je n’écoutais pas les mises en garde de mon entourage ». En parallèle, sa vie personnelle traverse également une tempête. « Je me suis retrouvée seule, avec deux enfants en bas âge ».
Son burn-out, Stéphanie ne l’a pas vu venir… malgré les alertes. « En quelques semaines, j’ai eu deux problèmes cardiaques. Je me suis écroulée, transportée aux Urgences. Dans les deux cas, j’ai eu une semaine d’arrêt. J’étais certes un peu fatiguée mais pas plus ou pas moins que d’habitude ». Une « habitude » qu’elle a payée un matin de mai, quand sa vie a basculé.
Clouée ! « J’ai des souvenirs assez imprécis de ce jour-là », nous confie Stéphanie. « Je me souviens qu’il m’était impossible de bouger mes bras. En fait, je ne pouvais plus bouger du tout. J’étais clouée sur place. J’éprouvais aussi des difficultés à parler. Le médecin est venu. Il m’a dit ‘Stop. Vous faites un burn-out ».
Son agonie va durer 6 mois. Six mois qu’elle a passés au fond de son lit, avec un quotidien rythmé notamment par la prise d’anti-dépresseurs et d’anxiolytiques. Six mois avant d’être capable « de re-formuler une phrase complète, sujet, verbe, complément ». Six mois avant de pouvoir soutenir une conversation de 3 à 4 minutes. « Je n’avais plus de mémoire immédiate. Mon cerveau s’était mis à fonctionner à deux à l’heure (sic) alors qu’il était habitué à faire 4 choses en même temps. J’ai été fortement ralentie pendant un an, comme hyper-épuisée. La moindre tâche du quotidien me demandait un effort insurmontable ».
Au cours de cette période, Stéphanie vit difficilement le regard des autres. Au point de culpabiliser. « On me disait : « il faut te secouer. Alors que les médecins me recommandaient surtout d’écouter mon corps. Je l’avais justement secoué trop fort, trop longtemps. Pour mes enfants, la maman hyperactive que j’étais s’était transformée en légume ».
3 ans ! « Les médecins m’avaient dit que je mettrais 3 ans à récupérer. Sur le coup, j’ai hurlé. Avec le recul, je dois bien reconnaître qu’ils ne se sont pas trompés ». Un repos forcé, une thérapie, du temps, de la patience… Stéphanie va lentement remonter la pente. Au point de dire : « aujourd’hui, je m’en suis sortie ».
Licenciée il y a deux ans et demi alors qu’elle était en arrêt de travail, elle se « remet progressivement dans la peau de quelqu’un qui va devoir retravailler. Je me donne 6 mois à un an ». Ces quelques mots glissés, l’air de rien, montrent qu’elle est cette fois-ci décidée à prendre son temps. Et à hiérarchiser ses priorités. Loin de la « Stéphanie d’avant » qui faisait tout en même temps. « De tout cela » conclut-elle, « j’ai surtout appris que chacun dispose d’un capital d’énergie disponible. Et nous ne pouvons pas aller au-delà… ».
Ecrit par David Picot – Edité par Marc Gombeaud
Source : Destination santéInterview de Stéphanie, février 2013


Le burn-out, «comme une bougie qui se consume…»



Illustration de l'article : Le burn-out, «comme une bougie qui se consume…»

Quels sont les professionnels les plus exposés au risque de burn-out ? Quels signes doivent alerter ? Après le témoignage de Stéphanie hier, Aurélie Defois, psychologue spécialisée dans l’accompagnement de la souffrance au travail insiste sur l’importance de la prévention.
Tous les métiers ? Médecins, infirmiers, travailleurs sociaux… « Le secteur médico-social a longtemps été en première ligne », nous explique-t-elle. « Il s’agit de professionnels qui prennent en pleine face les problèmes voire l’agressivité des autres. » Depuis quelque temps, elle observe toutefois que le profil des victimes sort de plus en plus de ce secteur d’activité. « Aujourd’hui cela tend à s’élargir à tous les secteurs d’activité, notamment chez les cadres et les managers du fait de la pression. Dans tous les cas, il s’agit le plus souvent de personnes très impliquées dans leur travail, guidées par des valeurs fortes et qui éprouvent le besoin de se sentir utiles. A un moment donné, elles subissent un grand décalage entre leurs attentes et la réalisation de ces dernières sur le terrain. Et elles en viennent à perdre leur estime d’elles-mêmes. »
Quels signes ? Aurélie Defois explique que « les victimes nous racontent souvent qu’elles n’ont rien vu venir. » Il n’empêche que certains comportements doivent vraiment alerter. « Sur le plan émotionnel, on éprouve un sentiment d’impuissance, on est gagné par le pessimisme alors que ce n’est pas du tout dans sa nature… Les victimes de burn-out se placent en retrait des autres : les membres de la famille, les amis, les collègues. Au travail, progressivement elles s’isolent et modifient leurs comportements.  Elles souffrent aussi de troubles de la concentration, et de la mémoire. La qualité du travail s’en trouve altérée. Ces personnes perdent leurs capacités de discernement et d’action rapide, alors même qu’elles faisaient leur force jusque-là. » Elle ajoute enfin certains signes physiques : « troubles du sommeil, fatigue, maux de tête à répétition, problèmes de dos, difficultés à se lever le matin, perte de la motivation… »
En parler. En conclusion lorsque l’on se sent épuisé au travail, « il ne faut surtout pas rester seul. Il faut en parler, à son entourage, à son médecin ou à sa hiérarchie même si peu de managers sont formés à ce type d’écoute. Ne pas hésiter non plus à consulter un psychologue ou un psychiatre ». Quant aux personnels connectés 24h sur 24h à leur entreprise via les portables – téléphone et/ou ordinateur – « ils doivent apprendre à se ménager du temps. Il est important de couper mais aussi de conserver une bonne hygiène de vie, en termes notamment d’alimentation et de sommeil. Le burn-out est une maladie sournoise. C’est comme une bougie qui se consume lentement. Un jour, il n’y a plus rien. »
Ecrit par David Picot – Edité par Emmanuel Ducreuzet
Source: Le Perche

03 novembre 2012

Lire l'article: La souffrance au travail, un mal oublié par les politiques, de Jean-Marie Durand


Jean-Pierre Darroussin dans "De bon matin"
Jean-Pierre Darroussin dans "De bon matin"

Dépressions, burn-out, suicides… : les symptômes de la souffrance au travail, identifiés par les sociologues depuis vingt ans, se développent. [...]

Le travail tue, on le constate tous les jours (un suicide par jour à cause du mal-être au travail), on en mesure les causes et les mécanismes depuis une vingtaine d’années grâce aux travaux décisifs de sociologues comme Christophe Dejours, Danièle Linhart, Vincent de Gaulejac, Robert Castel, Alain Ehrenberg, Richard Sennett… Les salariés ne sont pas tous morts, mais tous sont frappés. Quelque chose de destructeur est à l’oeuvre dans toutes les branches professionnelles du privé ou du public (services, industrie, professions libérales…), toutes les catégories (cadres, employés, ouvriers, techniciens…). Partout se manifestent les mêmes symptômes : stress, perte de sens, dépression, désenchantement, épuisement, incompréhension… Et pourtant tout continue, comme si de rien n’était. La souffrance au travail, noyée dans la masse des souffrances sociales qui l’englobent, ne forme pas le cadre d’une politique publique affirmée.
Comme le remarque le sociologue Christophe Dejours dans La Panne, son nouveau livre d’entretien avec Béatrice Bouniol, “la pensée du travail est à ce point en friche qu’un président de la République a pu se faire élire en 2007 sur le slogan ‘travailler plus pour gagner plus’, à un moment où les pathologies de surcharge explosaient, de la dépression au burn-out.”

Une souffrance dont l’Etat et les managers se moquent
Depuis la publication, en 1998, du livre marquant de Christophe Dejours, Souffrance en France, la question du mal-être au travail occupe cette place ambivalente dans le débat public, à mi-chemin de la marginalité politique et de la centralité de ses enjeux perçus par les sociologues, réalisateurs ou romanciers. Si de plus en plus d’indices témoignent de cette déshumanisation – suicides, dépressions, burn-out, troubles musculo-squelettiques et autres pathologies de la surcharge -, l’État et les managers s’en moquent largement, prétextant l’urgence de mener la guerre contre le chômage. Soyez heureux de souffrir au travail, au moins vous avez un emploi…

La misère du raisonnement dominant épouse la misère de ceux qui crèvent de l’injonction qui leur est faite de se sentir heureux. “Vivre en niant ce qui nous angoisse est notre lot”, souligne Dejours, pour qui l’idéologie gestionnaire du “new public management” déshumanise le monde du travail en isolant les individus, en imposant le management par objectifs (faire plus avec moins) ou l’évaluation individuelle des performances, dont les résultats ne reflètent pas l’ensemble du travail.
“Comment ne pas voir que le seul résultat ne dit rien même de la quantité de travail investie ? Comment le réduire à un résultat chiffré alors qu’il engage la personnalité tout entière ?”
Depuis quarante ans, l’approche clinique et psychodynamique du travail menée par Dejours tente de comprendre “le succès de ce système qui parvient à conserver l’assentiment de ceux qu’il maltraite chaque jour”. Le changement d’organisation ne peut précisément surgir que d’une réappropriation collective : ce n’est pas le harcèlement au travail qui est nouveau mais “le fait de devoir l’affronter seul”. “Le sentiment d’isolement au sein d’un environnement hostile, l’expérience de l’abandon, du silence, de la lâcheté des autres, voilà la marque de notre organisation du travail.” Or le sociologue persiste à penser que le travail est un “lieu unique d’émancipation et d’expérimentation de la vie en commun”, qu’il “contient un potentiel éthique par la coopération qu’il implique entre les individus”.

Affirmer la “centralité politique du travail”
L’idéologie managériale nie tout ce que les gens mettent d’eux-mêmes dans le travail ; l’engagement de leur subjectivité n’entre plus dans le circuit de la reconnaissance. Or les salariés que Dejours rencontre “ne nourrissent pas l’illusion d’être reconnus par un patron (…), ils revendiquent que leur contribution le soit, et qu’en outre, elle soit reconnue comme indispensable; la distinction est essentielle : le jugement d’utilité porte sur le travail et non sur la personne. (…) Mal poser la question de la reconnaissance, ce n’est pas répondre à la souffrance.”
Dejours pose surtout comme préalable absolu à une prise de conscience salutaire la nécessité d’affirmer la “centralité politique du travail”. 

Lire la suite de l'article de Jean-Marie Durand sur le site des Inrocks.

13 octobre 2012

Le «burn out», grand absent des maladies professionnelles


Retrouvez l'article de Sophie Péters sur le site de La Tribune

Copyright Reuters

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Le syndrome d'épuisement professionnel, dit de «burn out» n'est toujours pas reconnu en France au titre des maladies professionnelles. Faute de statistiques mais aussi de méthodologie qui permettrait de déterminer la présence de facteurs dangereux pour la santé psychique des salariés. D'où l'urgence d'établir un langage commun autour du travail.

Au Japon le fameux et néanmoins tristement célèbre "karoshi", ou "mort par surmenage" de salariés se tuant littéralement à la tâche, est reconnu comme accident du travail depuis les années 70. En France, les cas de suicides au travail ont beau se multiplier et les salariés se «tuer» à la tâche pour surseoir aux exigences de productivité toujours plus intenses, le «burn out» n'est pas répertorié dans les maladies professionnelles. Bien que les CHSCT s'emparent désormais très régulièrement des risques psycho-sociaux et que les avocats tentent de faire reconnaître de plus en plus souvent la responsabilité de l'employeur. Et qu'enfin médecins du travail et syndicalistes s'inquiètent de ce phénomène qui vient bousculer les modèles d'observation, de règlementation, de négociation sociale et in fine de management.

Epuisement émotionnel

Pourquoi un tel vide juridique? Parce qu'il est extrêmement difficile de détecter ces facteurs dans une entreprise, de dénoncer un climat social délétère, de mobiliser un encadrement débordé et de cerner des objectifs contradictoires porteurs d'injonctions paradoxales. 
Or le syndrome d'épuisement professionnel est incontestablement lié au travail. Il guette les salariés soumis à d'intenses pressions et un stress permanent. "C'est un sur-engagement professionnel caractérisé par un épuisement émotionnel, une perte d'estime de soi et la déshumanisation de la relation à l'autre", expliquait le Dr Agnès Martineau-Arbes, lors d'un récent colloque sur ce syndrome. Pour ce médecin du travail, le terme anglais résume bien l'état d'une personne qui "se consume, physiquement et moralement jusqu'à épuisement total, jusqu'à avoir brûlé toutes ses réserves". Il atteint des personnes "extrêmement engagées dans leur travail et qui veulent bien faire", précise-t-elle.
"Exposé à un stress permanent, le salarié n'arrive pas à décrocher, augmente les cadences (...) Il en fait de plus en plus pour des résultats de moins en moins bons. Pour finir, le salarié acquiert la conviction qu'il est devenu incapable de faire son travail", résume ce médecin. Les signaux d'alarme, désormais bien identifiés par la médecine du travail, sont, pêle-mêle: troubles du sommeil, fatigue, perte de mémoire et de concentration, symptôme dépressif, problèmes de dos, d'ulcères, hypocondrie, irritabilité et une anxiété qui peut aller jusqu'à la panique. Il y a aussi souvent abus d'alcool, de cigarettes et de drogues. Mais le dépistage est toujours extrêmement complexe, et une fois diagnostiqué, "le traitement est long et difficile", prévient le Dr Martineau-Arbes. "Le retour au travail peut parfois prendre des années. On ne sort pas indemne d'un "burn-out", on en garde des traces et des séquelles", conclut le médecin du travail.


Pour une culture commune des risques

Pour l'initiateur du colloque, Jean-Claude Delgènes, directeur du cabinet de prévention des risques professionnels Technologia, il y a urgence à se saisir du sujet car "les exigences de la vie professionnelle sont de plus en plus fortes" et mettent les salariés "sous pression". Il cite le contexte professionnel actuel, qui se durcit avec un "chômage de masse qui dure, de nouvelles organisations du travail aggravées par l'exigence de rentabilité, des objectifs de moins en moins réalistes et une gouvernance non-respectueuse de l'humain". Mais aussi les nouvelles technologies de l'information qui "font le terreau" du "burn-out" parce que le "temps de la production ne s'arrête jamais". En l'espace d'un siècle, les risques de santé au travail ont complètement changé de nature. A tel point qu'il ne s'agit plus, pour l'entreprise, de protection technique comme par le passé. Avec le risque "psycho-social", on quitte le domaine de la maladie d'une profession, pour entrer dans celui, plus large, du dysfonctionnement collectif menant à des drames individuels. 
Si les syndicats sont tout mobilisés pour faire valoir la reconnaissance du "burn out" en tant que maladie professionnelle, il paraît cependant essentiel d'établir une culture commune des risques allant de la direction générale aux partenaires sociaux en passant par les CHSCT et les équipes de prévention. D'établir en clair une définition partagée de ces risques et du stress en entreprise, afin de se garder de toute perception partisane. Pour ce faire, les chercheurs recommandent de reconstruire la représentation du travail entre direction et salariés dans la droite ligne des travaux sur l'ergonomie. "Si on veut s'attaquer au problème, il faut déployer l'analyse du côté de ce que font les salariés concrètement dans leur travail", défend Philippe Davezies, chercheur en médecine et santé du travail. Il souligne qu'en réduisant les espaces de discussion sur le travail, avec un désengagement de la part des hiérarchies autour des modalités concrètes d'exécution des tâches, "on est allés vers une individualisation du rapport au travail, chacun étant renvoyé à soi-même en ce qui concerne les arbitrages à faire, mais aussi vers une individualisation des conflits. En général, le chef n'attaque pas frontalement le collectif mais vise la frange des gens posant problème vis-à-vis des critères d'évaluation". La nouveauté, ce n'est donc pas la souffrance au travail, selon Philippe Davezies, mais le fait qu'elle s'exprime aujourd'hui de façon extrêmement individualisée. D'où l'urgence de renouer avec des repères collectifs.