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29 septembre 2014

Lire "L'emploi, j'y crois !" : le livre témoignage d'une ex-chômeuse

Je n'ai pas encore lu ce livre mais cet entretien semble intéressant...

Photo Ouest-France



Aujourd'hui conseillère à Pôle emploi, elle accompagne les exclus du marché du travail. Et défend des méthodes innovantes, humanistes, dévoilées dans un livre-manifeste. 

Vous êtes arrivée à Pôle emploi après une période de chômage...

J'étais moi-même conseillère en insertion professionnelle et en recherche d'emploi. J'ai été là au bon moment, début 2013. On nous appelle, en interne, les héros en référence aux postes débloqués par Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre, pour faire face à l'afflux des chômeurs aux guichets.

Vous plaidez pour une méthode d'accompagnement bâtie autour de l'empathie ?

La confiance est la base de la relation humaine. C'est bien d'avoir une relation forte avec le demandeur d'emploi. C'est ce que j'appelle la méthode silencieuse. On ne peut pas travailler en tant que conseiller si on n'a pas une fibre sociale. Je suis privilégiée. Je fais de l'accompagnement personnalisé avec un portefeuille de soixante-dix demandeurs d'emploi seulement. Certains de mes collègues en ont deux cents.

Tout repose sur l'estime de soi ?

Exactement. Je travaille beaucoup sur le savoir être, la valorisation de la personne. Il s'agit de la redynamiser en permanence et, surtout, de lui redonner confiance en elle. Le but, c'est de former un duo, une alliance de travail.

Votre premier conseil ?

Il faut repartir de zéro, du CV, de la lettre de motivation, c'est la priorité ! Cette lettre ne doit pas être standardisée. Mieux vaut cibler ses candidatures. Au lieu d'en faire cent, en faire dix parfaitement préparées où l'on parle de soi mais aussi de l'entreprise après s'être bien renseigné sur elle.

En restant positif...

C'est fondamental. Si le demandeur ne croit pas en ses compétences, le recruteur non plus ne croira pas en lui. J'ai le souvenir d'une secrétaire au chômage depuis trois ans, à qui un conseiller avait dit qu'elle était trop vieille pour trouver un emploi. Au début, elle était très négative. Je lui ai beaucoup parlé, je lui ai dit qu'elle était la même personne que quand elle travaillait, et quand je lui ai serré la main à la fin de l'entretien, elle m'a souri pour la première fois. J'ai vu dans son regard qu'elle avait repris espoir. Deux mois plus tard, elle retrouvait un travail.

La communication passe essentiellement par le non-verbal ?

L'image qu'on renvoie de soi est essentielle même si l'habit ne fait pas le moine. Il faut que le recruteur vous imagine dans le poste. C'est pourquoi, il est absolument nécessaire d'être présentable pour les entretiens. Cela coule de source mais une tenue propre, adaptée, irréprochable et c'est déjà un début de victoire.

Comme travailler son réseau de proximité ?

Il est important de parler de sa situation à tout le monde, à sa famille, ses amis, ses voisins mais aussi aux associations, aux commerçants de sa rue, de son quartier. On n'est jamais à plus de trois contacts de son futur employeur.

Comment y parvenir sans céder au découragement ?

Il ne faut surtout pas rester isolé. Sinon, il ne va rien se passer. Aller au contact des autres, c'est enrichissant, ils ont beaucoup à vous apporter.

Comme votre entourage proche ?

C'est le soutien indispensable. Il ne doit pas changer son regard sur vous. Être au chômage, ce n'est pas une honte. Travailler au même endroit toute sa vie, ce sera exceptionnel à l'avenir. Il faut donc dédramatiser le chômage et le prendre comme un passage pour rebondir, pour réfléchir sur son avenir, pour se bonifier.

Grâce à des outils spécifiques ?

Dans mon agence, à Pôle emploi, nous avons mis en place une formule articulée autour d'un atelier « Réseau » et d'un atelier « 5 minutes pour convaincre », avec un entretien individuel entre les deux. À la fin de cette formation, le demandeur d'emploi est capable de se présenter en trente secondes de manière efficace pour susciter l'intérêt de son interlocuteur. Le directeur d'agence nous a laissés faire et, quand il a vu que ça fonctionnait, il a insisté pour qu'on transmette notre savoir-faire aux autres conseillers. Le dispositif, destiné aux chômeurs en difficulté, enregistre un taux de retour à l'emploi de 70 % au bout de trois mois.
Pour lutter contre le chômage, il faut inventer sans cesse des solutions, petites ou grandes.
Faire preuve de bons sens aussi. Parfois, il suffit d'un rien pour remettre quelqu'un dans l'emploi.

Finalement, c'est aussi l'affaire de chaque citoyen ?

Il nous faut être des consomm'acteurs dans la vie de tous les jours. Tenez, par exemple, nos actes d'achat ont des incidences sur l'emploi. Il ne s'agit pas de boycotter la vente en ligne et de tourner le dos au progrès mais de diversifier ses sources d'approvisionnement auprès des commerces de proximité, sur les marchés. La lutte contre le chômage est entre les mains de chacun.

Pour en sortir, croyez-vous aux candidatures spontanées ?

Ce marché dit caché représente 80 % des offres. C'est pourquoi j'insiste toujours sur l'importance du réseau pour avoir vent d'une offre qui n'existe pas sur la toile.

Quant à l'inversion de la courbe du chômage ?

Elle s'inversera avec le retour de la croissance et si Pôle emploi, les missions locales, les entreprises collaborent en bonne intelligence. On en est loin alors que le chômage est une cause nationale.

Qui engendre désespérance et violence...

J'ai des collègues qui y sont confrontés à Pôle emploi. Nous sommes formés aux techniques de gestion de conflit mais c'est difficile quand on a en face de soi des personnes dans l'épreuve et en grande précarité. Je pense aux chômeurs de longue durée, aux personnes qui cumulent les handicaps.

Aux jeunes et aux seniors ?

Bien sûr. C'est pourquoi le contrat de génération est en soit une bonne idée. Même si le principe de favoriser l'embauche d'un jeune avec le maintien d'un senior dans l'emploi grâce à une aide financière de l'État, je l'aurais bien utilisé dans l'autre sens, à savoir l'embauche d'un senior avec le maintien dans l'emploi d'un jeune.

Sur fond d'une absolue nécessité de formation ?

À tout âge, c'est la voie qui permet de rebondir dans sa vie professionnelle. Mais on pourrait remédier en partie au chômage des jeunes en menant des actions plus fortes dans les collèges. Ce serait bien que des conseillers des missions locales y aillent pour sensibiliser très tôt les jeunes à certains métiers avec des professionnels. Je crois fort à l'apprentissage, à l'alternance. Le bac généraliste n'a aucune valeur sur le marché du travail. Il faut une employabilité à la sortie des études. Quelles qu'elles soient.
 

Bio

Après un parcours atypique, traversé de périodes de chômage, Laurence Boulieu, 49 ans, mariée et mère de deux enfants, a été embauchée en mai 2013 à Pôle emploi dans le cadre du dispositif Ayrault, parmi un bataillon de 2 000 conseillers recrutés d'urgence pour faire face à l'afflux de demandeurs d'emplois aux guichets.

Grâce à sa vision empathique des relations humaines et à son expérience vécue des deux côtés du bureau du conseiller à l'emploi, elle tente d'apporter son aide précieuse aux personnes en difficulté. Avec une idée-force : leur redonner confiance. Elle propose aussi dans son livre une liste de plus de 700 sites utiles pour trouver sa voie, déposer des candidatures ou créer son entreprise.

2014. Parution de L'emploi, j'y crois !, Michalon, 189 pages, 15 €.

192 pages
15 €
ISBN :
9782841867585
en librairie le 4 septembre 2014

L’emploi, j’y crois !

Après son parcours atypique traversé de périodes de chômage et sa vision empathique des relations humaines, Laurence Boulieu a postulé chez Pôle emploi et y est désormais conseillère. Elle nous livre ses conseils pour réintégrer rapidement le monde du travail. Son optimisme et son souci de valoriser les bénéficiaires qu’elle reçoit font d’elle une aide précieuse pour ceux qui perdent confiance en leurs capacités à retrouver un emploi. Un témoignage utile et positif sur une institution souvent décriée. Or, grâce à son expérience vécue des deux côtés du bureau du conseiller à l’emploi, Laurence Boulieu constate que respect et efficacité font partie des valeurs partagées par ses collègues et qu’un vent de renouveau se lève sur Pôle emploi ! Elle propose également une liste de plus de 700 sites utiles pour, entre autres, trouver sa voie, déposer des candidatures ou créer sa propre entreprise.

08 octobre 2013

Dans la peau d'un chômeur de plus de 50 ans, documentaire

Je viens de tomber sur ce documentaire, très intéressant et malheureusement d'une violente réalité...
Quand l'absurdité des commanditaires impose aux recruteurs de se limiter aux salariés de plus 25 et moins 45 ans... (et caucasien homme, tant qu'à faire...).
Désespérant à une période où l'on demande aux salariés de travailler plus longtemps.

DANS LA PEAU D'UN CHÔMEUR DE PLUS DE 50 ANS

  • Genre : Documentaire - Culture Infos
  • Pays : France
  • Date de sortie : 2013
  • Réalisateur: Gilles de Maistre
  • Tous publics

Synopsis : Aujourd’hui en France, il y aurait environ un million de chômeurs de 45 ans et plus. Pour comprendre les difficultés que ces « seniors » rencontrent, Gilles de Maistre s’est glissé dans la peau de Gilles Lafon, commercial quinquagénaire, au chômage pour la première fois de sa vie. En caméra cachée, il filme son parcours, de l’inscription au Pôle Emploi au Forum Emploi Seniors, jusqu’aux démarches personnelles comme l’optimisation du curriculum vitae. Il rencontre également des spécialistes, à l’image de Jean-François Amadieu, sociologue spécialiste des discriminations à l’embauche.


  • DIFFUSIONS TV
  • StéréoSous-titres sourds/malentendants16:9Inédit  Mar 08 à 20h41 sur France 5
  • StéréoSous-titres sourds/malentendants16:9  Jeu 17 à 01h05 sur France 5

19 septembre 2013

A voir... au choix !

Gros dilemme ce lundi 23 septembre 2013 avec le choc des S-y/i-dney !
Deux chefs d'oeuvre sont diffusés simultanément sur la TNT, et les deux peuvent intéresser les psychosociologues.

D'un côté, l'irrésistible et multi-rediffusé Tootsie, de Sydney Pollack avec Dustin Hoffman, Jessica Lange et Bill Murray. L'une des comédies les plus réussies du cinéma qui aborde la question du genre, le harcèlement sexuel, les représentations, le chômage. Un vrai bonheur pour les fans de Dustin Hoffman...


De l'autre, le magnifique 12 Hommes en Colère de Sidney Lumet avec Henri Fonda, génial dans le rôle, qui traite de la question de la peine de mort, de la présomption d'innocence et surtout qui illustre avec finesse cette notion de minorité active souvent abordée lorsqu'on s'intéresse aux phénomènes de groupe.







A priori, je serai tentée de vous suggérer de regarder Tootsie pour passer une soirée agréable et de détente, néanmoins, je vous invite à privilégier 12 hommes en colère, plus rare sur le petit écran et qui vous amènera à réfléchir encore longtemps après sa diffusion...
Il reste deux options: acheter les DVD ou regarder 12 Hommes en Colère lors de sa rediffusion (merci Arte) !
Bonne soirée !

Tootsie, le 23/09/2013 sur HD1 à 20h50
12 Hommes en Colère, le 23/09/2013 sur Arte à 20h50 et le 24/09/2013 à 13h35

Lire également: Filmographie

04 mars 2013

Ecouter: La société est-elle menacée par le « burn-out » ?

Après l’immolation de Djamal Chaab devant une agence Pôle Emploi à Nantes le 13 février, les 3 tentatives d’immolations survenues la semaine dernière ont porté à 5 en une semaine les gestes de désespoir face à la précarité et à l’impossibilité de trouver du travail. Le mal-être face à l’emploi et face au chômage, qui semble aller croissant, peut être expliqué par le rapport spécifique des Français au travail. Face au désespoir et à l’inquiétude (84 % des français placent le chômage en tête de leurs préoccupations selon un sondage paru début janvier), quelles sont les solutions ? La société est-elle menacée par le burn-out ? Faut-il voir dans le mal être au travail une défaillance des entreprises, de l’Etat ou de notre système entier ? C’est un problème qui demande des réponses autant politiques que philosophiques…



Danièle Linhart © RADIO FRANCE


France Culture a reçu Danièle Linhart, sociologue du travail et directrice de recherche au CNRS Université Paris Ouest Nanterre La Défense. Elle a publié entre autres Travailler sans les autres ? (Seuil, 2009) et La modernisation des entreprises (La Découverte, 2010). A partir de 8h15, elle sera accompagnée par Pascal Chabot, philosophe, au téléphone depuis Bruxelles. Il enseigne à l’ Institut des Hautes Etudes des Communications Sociales (Bruxelles), et vient de publier aux PUF Global burn-out.


Avec :
Danièle Linhart
Sociologue du travail et directrice de recherche au CNRS Université Paris Ouest Nanterre La Défense 
Pascal Chabot au téléphone en deuxième partie
Titulaire à l'Institut des hautes études des communications sociales (IHECS) (Bruxelles)




Les matins - La société est –elle menacée par... par franceculture

22 février 2013

Marie Pezé, une psy au front de la crise


Source: retrouvez l'article d'Audrey Minart sur le site Les Influences

Psychologue clinicienne et psychanalyste, reconnue pour son expertise en matière de souffrance au travail, Marie Pezé alerte sur une organisation du travail de plus en plus pathogène

JPEG - 157.4 koC’est en travaillant dans un service de chirurgie réparatrice que la psychologue clinicienne et psychanalyste Marie Pezé (1951) a commencé à faire le lien entre travail et souffrance psychique. « Petit à petit, on nous a envoyé des caissières, des secrétaires, victimes d’accidents du travail… Très vite, j’ai constaté une lassitude et un épuisement dans des corps de métiers dont les tâches ne justifiaient objectivement pas cet état. » Nous sommes dans les années 1990. Les Troubles Musculaires Squelettiques (TMS) commencent à être évoqués, mais la souffrance psychique liée à l’activité professionnelle est encore bien loin d’être au cœur des préoccupations.

La première consultation sur la souffrance au travail, c’est elle qui l’a créé en 1997 au sein du Centre d’Accueil et de Soins Hospitaliers (CASH) de Nanterre. Depuis, si celle-ci a disparu, 35 ont vu le jour en France. Elle a également co-fondé, avec le professeur Christophe Dejours, une formation pluridisciplinaire au CNAM (Conservatoire national des Arts et Métiers). Intitulée le « Certificat de spécialisation en psychopathologie du travail », elle est ouverte aux membres des CHSCT, aux juristes, et aux cliniciens de terrain. « Nous avons gagné la bataille des mots, sourit-elle. Nous sommes sortis alors de la naturalisation… Il ne s’agit pas d’un problème de personnes, spécifiquement fragiles ou bourreaux, mais bien d’une organisation du travail problématique. » Comment expliquer l’explosion de ces troubles, et de leur prise en compte dans les médias et par les pouvoirs publics, depuis une vingtaine d’années ? Pour Marie Pezé, c’est l’intensification du travail qui en est à l’origine. « Il ne faut pas oublier que les Français, s’il ne travaillent que 35 heures par semaine, occupent la 3e place mondiale en termes de productivité horaire.  »

« En état de stress post-traumatique »

Plus qu’une lassitude et un épuisement chez de « simples » secrétaires ou caissières, la psychologue a repéré chez ces professionnels le même « tableau clinique », que celui caractérisant l’état de stress post-traumatique d’anciens soldats. La faute, selon elle, aux nouvelles formes du travail et aux stéréotypes des managers français. « Ils croient que les salariés doivent être disciplinarisés : ‘Il ne pense qu’à ses congés, il faut donc le secouer.’ Pourtant, de nombreuses études ont montré que ceux-ci souhaitent vraiment faire du bon travail. » La sociologue et directrice de recherche au CNRS, Danièle Linhart, que cite régulièrement Marie Pezé, évoquait le concept de «  précarité subjective ». Un état entretenu par les techniques actuelles du management, qui cherchent à déstabiliser, à mettre le salarié dans une situation inconfortable. Un salarié par ailleurs trop mal informé.
C’est pour remédier à cela, et au manque de mise à disposition des informations adéquates par les pouvoirs publics, que la psychologue a créé son site « Souffrance et Travail ». Y figurent notamment les techniques de management pathogènes : surutilisation du lien de subordination (tutoyer sans réciprocité, injures en public, utilisation de l’entretien d’évaluation à visée de déstabilisation émotionnelle…), surutilisation des règles disciplinaires (répartition inégalitaire de la charge de travail, stigmatisation publique d’un ou plusieurs salariés devant le reste de l’équipe…), etc. Ces techniques ont d’autant plus de conséquences aujourd’hui que la crainte de perdre son emploi est extrêmement répandue, dans un contexte de crise qui dure depuis plus de 30 ans. « Certains manuels de management évoquent clairement le recours à la séduction ou à la peur pour persuader les salariés de faire plus. » Sans compter les modes d’organisation de certaines entreprises clairement dangereuses… « Le ‘time-to-move’ de France Télécom et ses mobilités forcées ont provoqué chez certains salariés la traversée des cinq fameuses étapes du deuil…  » (le choc/déni, la colère, le marchandage, la dépression, et enfin l’acceptation, selon Elizabeth Kübler-Ross, ndlr)

« Elle voulait se tuer pour pouvoir enfin dormir »


Quand on lui demande quels patients l’ont tout particulièrement marquée, Marie Pezé se souvient d’une secrétaire, en « burn out » avancé, salariée d’une entreprise américaine. « Elle voulait se tuer pour pouvoir enfin dormir. Quand je l’ai rencontrée, elle s’était déjà renseignée sur les horaires des trains pour pouvoir se jeter sur la voie. Sa voix était atone, sans affect… Mais tous mes patients m’ont marquée.  » Décompensations psychiques, accès de violence… Tout au long de sa carrière, la psychologue a observé des pathologies plutôt graves, et directement liées au travail. « Ce sont généralement les salariés les plus structurés, les ‘salariés-sentinelles’, qui sont le plus touchés par cette organisation du travail qui pousse toujours au ‘plus vite’. » Quelles sont les caractéristiques de ceux qui s’en sortent ? « Ce sont les plus rapides… Mais ils sont vite "crâmés".  » Une situation d’autant plus inextricable que la démission n’ouvre pas de droits au chômage. D’un côté le harcèlement, de l’autre les risques d’exclusion, comme deux parties d’une même « mâchoire » qui se referme sur les salariés.
Face à cela, la méthode psychanalytique doit être écartée selon Marie Pezé : « Quand une personne consulte alors qu’elle rencontre de grandes difficultés professionnelles, on ne va pas évoquer l’Œdipe ! Il faut nous décoller de l’histoire personnelle, car nous risquons de les maltraiter avec cette technique. Ces personnes-là sont en apnée, constamment sous cortisol (hormone du stress, ndlr). Il faut les considérer comme étant victimes du système, et appliquer des techniques spécifiques.  » Celles de la psychopathologie des violences collectives, plus précisément.

" Les bonnes volontés sont partout… Mais les stéréotypes subsistent, autant du côté des employeurs que des salariés, et des syndicats "

Ironie du sort, Marie Pezé connaît d’autant plus son sujet aujourd’hui qu’elle a elle-même été licenciée en 2010 du CASH de Nanterre. Atteinte d’un handicap, sur lequel elle préfère visiblement rester discrète, elle n’a jamais obtenu les adaptations de postes demandés. Un refus lié à un plan d’économies, et qu’elle a très mal vécu. Aujourd’hui, la simple idée de retourner dans ces lieux provoque, chez elle, des symptômes similaires à ceux qu’elle avait précédemment observé chez certains de ces patients. Les phobies, notamment.
« Les bonnes volontés sont partout… Mais les stéréotypes subsistent, autant du côté des employeurs que des salariés, et des syndicats. Pourtant, nous avons d’excellents psychologues cliniciens, une école d’ergonomie reconnue au niveau international. Par ailleurs, d’excellents rapports parlementaires ont vu le jour… pour finalement n’aboutir à rien. » Et de citer le « Rapport Copé », publié en 2009, l’un des travaux parlementaires auquel elle a eu l’occasion de participer. Une « littérature grise » ou « littérature d’experts » jamais utilisée. « Le passage du verbe à l’action n’existe pas en France. C’est un énorme gâchis. » Mais elle reste non loin de la ligue de front de la guerre économique, et de ses têtes cassées de la crise.

Repères :
Marie Pezé est auteur de plusieurs ouvrages sur la souffrance au travail : « Ils Ne Mouraient Pas Tous Mais Tous Etaient Frappés », qui a donné lieu à un documentaire, et « Travailler à armes égales » en 2011. Quelques éléments biographiques sur le site Souffrance et Travail :

- Pour une définition de l’état de stress post-traumatique : 


Connaître les techniques de management pathogènes : 

12 janvier 2013

A voir: France : les chômeurs invisibles

Le chômage, est-ce 10, 20 ou 30% de la population active française ? Officiellement, selon l'Insee, le ministère du travail et Pôle Emploi: c'est 10 % de la population active (3 millions de personnes environ). Mais si l'on compte tous les inscrits à Pôle Emploi qui n'apparaissent pas dans les statistiques Insee, on est à plus de 5 millions. Certains estiment ces chiffres sont largement sous évalués. Nombreux sont ceux qui cherchent un emploi sans être comptés dans les statistiques officielles. Certaines associations évoquent le chiffre de 9 millions de personnes concernées par le chômage si l'on ajoute ces"chômeurs invisibles". Un reportage de David Bornstein à St-Etienne.




Source: Arte Journal

19 décembre 2012

L’évolution du taux de chômage selon l’âge










De 1975 à 2010, le taux de chômage a été multiplié par quatre pour les 20-24 ans et par trois pour les 45-49 ans. Depuis 2008, la crise a particulièrement touché les plus jeunes. Le taux de chômage des moins de 25 ans atteint désormais un niveau record en France.








L’évolution du chômage selon l’âge depuis 1975
En 2010, plus d’un jeune actif sur cinq (21,2 %), de 20 à 24 ans, est sans emploi. C’est quatre fois plus qu’en 1975 (5,3 %). Une part importante de la hausse a eu lieu entre 1975 et 1985. Le taux de chômage des jeunes atteint alors déjà 17 %. Une situation qui n’a rien de comparable avec les actifs de 45 à 49 ans, dont le taux est 3,4 fois moins élevé (6,3 %), même s’il a aussi progressé (il était de 2,3 % en 1975).
L’évolution du taux de chômage, sur ces deux tranches d’âge, est significative de la dégradation de l’emploi depuis les années 1970. Mais elle montre comment un taux moyen peut masquer des réalités très différentes. Pour les jeunes non-qualifiés en particulier, le passage par le chômage est désormais quasiment inévitable. Le niveau actuel du chômage a des répercussions qui vont au-delà des niveaux de vie : difficulté à se stabiliser, trouver un logement, partir en vacances, s’établir en couple, etc.
L'évolution du taux de chômage selon l'âge
De 1975 à 2010
Unité : %
19751980198519901995200020052010
20 à 24 ans5,38,917,114,920,015,219,221,2
45 à 49 ans2,32,94,75,47,46,65,96,2
Ensemble de la population*3,45,38,97,910,08,58,99,4
*Ensemble de la population : de 15 à 70 ans et plus. Données de 1975 à 2010, corrigées pour les ruptures de série.
Source : Insee, enquêtes emploi (calculs Insee), Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes en emploi de 15 ans ou plus (âge courant)

L’évolution depuis le début 2008
L’année 2008 marque le début de la crise financière, qui va avoir des conséquences économiques majeures, avec une nouvelle forte dégradation de l’emploi. De 2008 à 2012, l’augmentation du taux de chômage est nette pour les trois tranches d’âge, moins de 25 ans, 25-49 ans et plus de 50 ans. Mais alors que le taux augmente de 2,5 points pour les 25-49 ans et 1,8 point pour les plus de 50 ans, la hausse est de plus de 5 points pour les moins de 25 ans. Le taux de chômage des jeunes atteint désormais un niveau record en France.
Evolution du taux de chômage de 2008 à 2012
Données du premier trimestre de chaque année
Unité : %
Ensemble des moins de 25 ansEnsemble des 25- 49 ansEnsemble des 50 ans et plus
200817,26,44,7
200922,47,55,4
201022,88,46,4
201122,68,26,2
201222,48,96,5
Source : Insee, France métrpolitaine
Photo / © Olivier Tuffé - Fotolia.com

CAP, BEP, Bac pro... les meilleurs diplômes professionnels pour éviter le chômage


Retrouvez la synthèse de Sandrine Chauvin sur le site Capital.fr


© REA
Souvent considérés comme une voie de garage, les CAP et autres bac pro garantissent un accès plus facile à un emploi stable. Encore faut-il choisir la bonne spécialité... Car les débouchés varient énormément d'une filière à l'autre.

Le diplôme reste un sérieux rempart contre le chômage, surtout en période de crise. "Même les secteurs en tension du fait du turn-over ne recrutent plus de jeunes sans diplôme (bâtiment, hôtellerie)", prévient le Céreq dans une récente étude sur l'enseignement secondaire professionnel. Résultat : 41% des non-diplômés pointent à Pôle emploi, contre 24% des jeunes ayant un CAP ou un BEP, 13% des bacheliers professionnels.

Mais les débouchés varient énormément selon la filière choisie. Le taux de chômage des jeunes sortis de l'enseignement professionnel secondaire varie ainsi de 3% à 45% selon la spécialité. Le secteur de la santé est celui qui affiche le taux de chômage le plus bas, à seulement 3% pour les diplômés d'un CAP ou d'un BEP, 8% après un bac pro ou un brevet professionnel (BP). Il tombe même à 1% pour ceux qui ont réussi à décrocher un BP dans le travail du bois. Les diplômés exerçant un métier réglementé comme la coiffure ou l'esthétique tirent aussi plutôt bien leur épingle du jeu.

Pour les autres, en revanche, l'insertion professionnelle s'avère plus compliquée. Moins de 60% des jeunes formés aux métiers du livre, de l'image et du son, du secrétariat, de l'accueil-hôtellerie-tourisme, du commerce, des services à la collectivité et de la comptabilité ont décroché un emploi stable. Les établissements commencent à s'en rendre compte et évitent d'orienter leurs élèves dans ces filières sans avenir. Ainsi, les inscriptions en formation comptabilité ont chuté de 38% et de 28% en secrétariat bureautique.

Bac pro ou pas ?

Autre enseignement de cette étude du Céreq : si, en règle générale, les diplômés les plus élevés tels que le bac pro et le BP garantissent de meilleurs débouchés que les CAP et autres BEP, cette règle ne vaut pas dans tous les secteurs d'activité. Par exemple, dans le gros oeuvre du bâtiment, un CAP suffit : 3 ans après leur cursus, 90% des diplômés occupent ainsi un CDI.

A l'inverse, dans les secteurs moins porteurs - en particulier dans le secrétariat-bureautique, comptabilité et commerce -, le niveau bac ne suffit plus. L'idéal est de compléter son cursus par un BTS pour des postes de type aide-comptable.

Côté rémunération, les diplômés des filières professionnelles gagnent en moyenne 1.200 euros net par mois. Soit à peine plus que le Smic. Pour les mieux rémunérés, le salaire mensuel médian atteint 1.520 euros par mois pour les titulaires d'un bac pro ou d'un BP en génie climatique.


Taux de chômage et rémunération des diplômés, 3 ans après un CAP-BEP, Bac pro-Brevet professionnel-Brevet de Technicien, filière par filière

© Capital.fr    

03 novembre 2012

Lire l'article: La souffrance au travail, un mal oublié par les politiques, de Jean-Marie Durand


Jean-Pierre Darroussin dans "De bon matin"
Jean-Pierre Darroussin dans "De bon matin"

Dépressions, burn-out, suicides… : les symptômes de la souffrance au travail, identifiés par les sociologues depuis vingt ans, se développent. [...]

Le travail tue, on le constate tous les jours (un suicide par jour à cause du mal-être au travail), on en mesure les causes et les mécanismes depuis une vingtaine d’années grâce aux travaux décisifs de sociologues comme Christophe Dejours, Danièle Linhart, Vincent de Gaulejac, Robert Castel, Alain Ehrenberg, Richard Sennett… Les salariés ne sont pas tous morts, mais tous sont frappés. Quelque chose de destructeur est à l’oeuvre dans toutes les branches professionnelles du privé ou du public (services, industrie, professions libérales…), toutes les catégories (cadres, employés, ouvriers, techniciens…). Partout se manifestent les mêmes symptômes : stress, perte de sens, dépression, désenchantement, épuisement, incompréhension… Et pourtant tout continue, comme si de rien n’était. La souffrance au travail, noyée dans la masse des souffrances sociales qui l’englobent, ne forme pas le cadre d’une politique publique affirmée.
Comme le remarque le sociologue Christophe Dejours dans La Panne, son nouveau livre d’entretien avec Béatrice Bouniol, “la pensée du travail est à ce point en friche qu’un président de la République a pu se faire élire en 2007 sur le slogan ‘travailler plus pour gagner plus’, à un moment où les pathologies de surcharge explosaient, de la dépression au burn-out.”

Une souffrance dont l’Etat et les managers se moquent
Depuis la publication, en 1998, du livre marquant de Christophe Dejours, Souffrance en France, la question du mal-être au travail occupe cette place ambivalente dans le débat public, à mi-chemin de la marginalité politique et de la centralité de ses enjeux perçus par les sociologues, réalisateurs ou romanciers. Si de plus en plus d’indices témoignent de cette déshumanisation – suicides, dépressions, burn-out, troubles musculo-squelettiques et autres pathologies de la surcharge -, l’État et les managers s’en moquent largement, prétextant l’urgence de mener la guerre contre le chômage. Soyez heureux de souffrir au travail, au moins vous avez un emploi…

La misère du raisonnement dominant épouse la misère de ceux qui crèvent de l’injonction qui leur est faite de se sentir heureux. “Vivre en niant ce qui nous angoisse est notre lot”, souligne Dejours, pour qui l’idéologie gestionnaire du “new public management” déshumanise le monde du travail en isolant les individus, en imposant le management par objectifs (faire plus avec moins) ou l’évaluation individuelle des performances, dont les résultats ne reflètent pas l’ensemble du travail.
“Comment ne pas voir que le seul résultat ne dit rien même de la quantité de travail investie ? Comment le réduire à un résultat chiffré alors qu’il engage la personnalité tout entière ?”
Depuis quarante ans, l’approche clinique et psychodynamique du travail menée par Dejours tente de comprendre “le succès de ce système qui parvient à conserver l’assentiment de ceux qu’il maltraite chaque jour”. Le changement d’organisation ne peut précisément surgir que d’une réappropriation collective : ce n’est pas le harcèlement au travail qui est nouveau mais “le fait de devoir l’affronter seul”. “Le sentiment d’isolement au sein d’un environnement hostile, l’expérience de l’abandon, du silence, de la lâcheté des autres, voilà la marque de notre organisation du travail.” Or le sociologue persiste à penser que le travail est un “lieu unique d’émancipation et d’expérimentation de la vie en commun”, qu’il “contient un potentiel éthique par la coopération qu’il implique entre les individus”.

Affirmer la “centralité politique du travail”
L’idéologie managériale nie tout ce que les gens mettent d’eux-mêmes dans le travail ; l’engagement de leur subjectivité n’entre plus dans le circuit de la reconnaissance. Or les salariés que Dejours rencontre “ne nourrissent pas l’illusion d’être reconnus par un patron (…), ils revendiquent que leur contribution le soit, et qu’en outre, elle soit reconnue comme indispensable; la distinction est essentielle : le jugement d’utilité porte sur le travail et non sur la personne. (…) Mal poser la question de la reconnaissance, ce n’est pas répondre à la souffrance.”
Dejours pose surtout comme préalable absolu à une prise de conscience salutaire la nécessité d’affirmer la “centralité politique du travail”. 

Lire la suite de l'article de Jean-Marie Durand sur le site des Inrocks.

29 juin 2012

Lire: Interview de Philippe Askenazy sur l'emploi


A lire, l'entretien très intéressant d'un économiste atterré, proposé par Elsa Fayner, journaliste.
Retrouver l'article directement sur le site de Rue89
Elsa Fayner est journaliste pour Rue89, elle est aussi la créatrice du site très intéressant Et voilà le travail et la réalisatrice de reportages pertinents, notamment la Bombe Humaine récemment diffusé sur France 5.Elle est l'auteur de "Et pourtant, je me suis levée tôt... : Une immersion dans le quotidien des travailleurs précaires"

Les gouvernements se succèdent mais gardent la même idée pour faire baisser le chômage. L’économiste Philippe Askenazy propose des mesures plus radicales.


Capture d’écran de « Violence des échanges en milieu tempéré » 

Alors que l’emploi reste la priorité des Français, la stratégie de François Hollande exposée pendant la campagne fait débat : le Président-élu entend actionner le même levier que Nicolas Sarkozy, peser sur le « coût du travail ». Autrement dit, jouer sur les cotisations sociales des entreprises.
La solution est appliquée depuis plus de vingt ans en France, sans résultats, fait remarquer Philippe Askenazy. Critique libérale ? Pas vraiment. Le chercheur fait partie des Economistes atterrés, qui « ne se résignent pas à la domination de l’orthodoxie néolibérale », et pensent que « d’autres politiques économiques sont possibles ».
Directeur de recherche au CNRS et docteur à l’EHESS, Philippe Askenazy envisage d’autres solutions pour l’emploi en France.
Rue89 : Quelles sont les spécificités du marché du travail français ?
Philippe Askenazy  : L’état du marché du travail français a beaucoup évolué très récemment. Nous avions auparavant un schéma qui était relativement banal : une situation de chômage enkystée, avec des difficultés pour les jeunes et les seniors. Or, depuis trois ans, des évolutions qui avaient été lentes dans les années 2000 se sont accélérées :
  • le taux d’activité des seniors a fortement augmenté. Même quand on regarde la situation des moins qualifiés, ceux qui ont des diplômes en deçà du bac : en trois ans, le taux d’emploi des 55 à 59 ans peu qualifiés a gagné dix points, en pleine crise. Il est aujourd’hui supérieur à celui de l’Allemagne ;
  • les contrats courts se sont multipliés de façon exponentielle. L’année dernière, neuf millions de CDD de moins d’une semaine ont été signés. Il s’agit principalement de jeunes, embauchés pour un inventaire, un sondage, les soldes, etc. Il ne s’agit pas d’un volant de précaires, mais d’hyperprécaires.
Qu’est-ce qui a permis aux seniors d’être maintenant moins en difficulté sur le marché du travail ?
L’une des difficultés des seniors résidait dans leur manque de qualification. En cause : notre démocratisation scolaire tardive. Or, aujourd’hui, on arrive à des vagues de seniors qui ont des qualifications comparables à celles des autres pays. Du coup, leur taux d’emploi converge avec les moyennes européennes.
L’autre phénomène qui joue, c’est la réforme des retraites. Elle commence à avoir un effet de bâton : les seniors ne démissionnent plus de leur entreprise. Cela vient aussi de la crise.
De leur côté, les employeurs ne savent pas quelle stratégie adopter. D’ailleurs, si vous regardez les entreprises du CAC 40, elles ont pour la plupart changé de DRH ces dernières années.
Elles attendent de savoir à quoi va ressembler l’économie en sortie de crise. Elles attendent également que soient définis des choix sur la transition écologique.
Selon les politiques qui vont être mises en œuvre en Europe, les entreprises vont avoir besoin de parier sur certaines activités plutôt que sur d’autres d’ici deux ou trois ans.
Donc, sur les métiers du cœur de leur activité, les entreprises ne licencient pas les seniors, se disant justement que, dans deux ou trois ans, ils partiront à la retraite. Dans le même temps, elles n’embauchent pas de jeunes, sauf sur des contrats hyper courts.
Peut-on distinguer alors des « insiders », qui durent en entreprise, et des « outsiders », qui n’y entrent jamais définitivement ?
Il existe une dichotomie, certes. Mais nous ne sommes pas dans une situation où il serait trop lourd pour les employeurs de recruter parce que le CDI serait trop rigide. Nous avons été trop loin dans ce type de diagnostic, qui ne regarde que le droit du travail : les types de contrats, le coût du travail, etc. Ce n’est pas une grille de lecture suffisante.
Par exemple, si les employeurs gardent les seniors, ce n’est pas parce que ceux-ci sont protégés par le droit du travail. Ce n’est pas non plus parce qu’un contrat senior a été créé en 2006 pour eux, un CDD de dix-huit mois, renouvelable une fois : le nombre de contrats seniors signés ne dépasse pas une centaine par an. Si les employeurs gardent leurs seniors, c’est parce qu’ils sont en attente [de savoir comment va évoluer la situation, ndlr].
Créer plus de contrats précaires, diminuer le coût du travail, flexibiliser le marché du travail, abolir le smic... On ne devrait plus avoir de chômage depuis vingt ans qu’on applique les mêmes recettes.
Croire que la politique de l’emploi crée de l’emploi, c’est une erreur. Elle joue simplement sur le type d’emplois qui sont offerts aux personnes.
Regardez la Belgique. Le FMI lui a donné les mêmes préconisations qu’à toute l’Europe continentale. Il fallait s’attaquer au salaire minimum. Mais également, pour le pays, désindexer les salaires. Or, la Belgique n’a pas eu de gouvernement pendant trois ans. Donc peu de politiques dites structurelles.
Résultat : le pays a eu, en pleine crise économique, une des meilleures croissance sur ces dernières années au sein de l’Europe. Et elle a atteint son plus faible niveau de chômage des vingt dernières années.
Si vous récusez le principe d’une politique de l’emploi, quels sont les leviers que les responsables politiques doivent actionner ?
Il y a des problématiques de volume d’emplois, qui, elles, renvoient aux politiques industrielles et macroéconomiques, mais également aux politiques de formation, d’éducation, etc :
  • l’offre d’emploi est créée par les politiques d’éducation, d’immigration, de formation tout au long de la vie, etc. ;
  • la demande, elle, est créée par la stratégie des entreprises, principalement déterminée par la politique industrielle globale, la politique macroéconomique européenne, qui pèsent bien plus que les contrats de travail.
Les bonnes politiques doivent être tournées vers la création d’activité, les capacités d’innovation, la formation tout au long de la vie. Aujourd’hui, il y a aussi la question de la politique européenne d’austérité. Les priorités sont là.

Philippe Askenazy en avril 2012 (Audrey Cerdan/Rue89)
Où trouver les financements ?
Les politiques centrées autour du coût du travail menées depuis vingt ans coûtent des fortunes. Ce qu’a proposé Hollande ne remet pas en cause cette logique. Or, c’est malheureusement trop inefficace.
L’ensemble de cette politique de l’emploi coûte aux alentours de 35 milliards d’euros tous les ans. J’évalue son efficacité, en termes de création d’emplois, en fonction de toutes les estimations que l’on peut avoir, à la création de 500 000 emplois en France grand maximum. Cela coûte 70 000 euros à l’Etat par tête, pour des emplois souvent peu qualifiés, dont une part à temps partiel.
Tandis que, dans le même temps, on a supprimé des postes de fonctionnaires, au prétexte de faire de réduire la dépense publique. Alors qu’un emploi, s’il était créé directement par l’Etat, lui coûterait 20 000 à 40 000 euros.
Soyons a minima rationnels. Il y a des besoins considérables en matière de sécurité, de santé, d’éducation, de justice. Nous avons besoin d’agents publics dans un pays où la population croîtra de près de deux millions sur le quinquennat.
De manière générale, les politiques de création directes d’emplois doivent être réhabilitées. Et une vraie politique industrielle. Là aussi, on a toute une série de dispositifs fiscaux pour les entreprises. Ils vont principalement aux grandes entreprises, qui ne sont absolument pas génératrices d’activité en France. Elles n’y génèrent que des profits.
Je ne dis pas qu’il faut creuser nos déficits publics. Je dis qu’il y a de l’ordre de 20 milliards de politique de l’emploi à pertes. Et 30 milliards de politique fiscale sur les entreprises qui ne font que gonfler leurs profits. Avec 50 milliards, on peut faire beaucoup de choses.
Quelle politique d’éducation mener, par exemple ?
Il faut casser une politique suicidaire européenne. Regardons les Etats-Unis, où la politique d’austérité est peu présente. Pour limiter le chômage des jeunes, une vraie politique de poursuite des études a été mise en place.
Ce n’est pas le cas en Europe. Ici, on dit aux jeunes qu’ils auront de toute façon des difficultés, donc autant aller directement sur le marché du travail. En France, le taux de poursuite des études après le bac est aujourd’hui de 70%, contre 85% en 1993. En Europe, on ne met plus d’argent dans les universités. Nous bradons notre futur.
Il faut investir dans la poursuite des études. Les engagements relayés par Vincent Peillon suggèrent qu’il y a là conscience de cet enjeu chez le Président élu.
Et quelle politique industrielle ?
Le renouvellement de notre tissu productif est insuffisant. Et nos entreprises n’arrivent pas à trouver de financements. Nos banques sont parmi les plus puissantes en Europe, mais elles sont extrêmement frileuses. Elles ne soutiennent pas les PME.
Que fait l’Etat ? Oséo, entreprise publique qui se définit comme la banque des PME, ne fait que des cofinancements : elle ne finance une entreprise que si celle-ci a reçu un financement privé, bancaire. Comme ce financement privé est déficient, le financement public l’est aussi. Mieux vaudrait partir du constat que l’apport privé est déficient et avoir une politique industrielle de financement des PME à la hauteur. Là-aussi, ce diagnostic semble posé par Alain Rousset [responsable du pôle industriel au sein de l’équipe Hollande, ndlr].
Plus largement, quelles sont les activités qu’il faudrait encourager ?
Nous allons aborder une transition écologique, et il va falloir faire des choix. Ce qui est sûr, c’est que les besoins de santé vont augmenter en Europe. Non pas tant en lien avec le vieillissement de la population, mais avec les prochaines vagues de progrès technologiques. Et la France est bien placée dans le domaine.
Il existe déjà une forme de mobilité pour ça. Le retraité britannique qui vient s’installer en France le fait aussi pour bénéficier de notre système de santé. C’est refacturé en Grande-Bretagne – système de compensation européen –, donc c’est de l’argent qui entre en France. Et il n’y a pas de raison de valoriser plus la production automobile que la pose de prothèses de hanches. Qu’une personne puisse marcher convenablement à pied ou rouler en automobile, je ne vois pas pourquoi d’un côté, ce serait un coût, et de l’autre, de la production.
Le segment éducatif supérieur pourrait être l’autre pilier de notre développement. La mondialisation est aussi une évidence sur ce plan-là. Nous pourrions avoir une vraie politique d’accueil de la jeunesse mondiale en France.

22 juin 2012

Ce qui va changer à Pôle emploi, article de Jean-Baptiste Chastand (Le Monde, 21.06.2012)





Un bureau de Pôle emploi au Mans.


Le conseil d'administration de Pôle emploi a entériné jeudi 21 juin plusieurs importants changements pour l'organisme. Le plan stratégique 2015, rédigé par Jean Bassères, son directeur, prévoit en effet des profondes modifications des méthodes de fonctionnement, notamment dans le suivi des chômeurs.
Le but est de corriger les défauts qui sont apparus à la suite de la fusion de l'ANPE et des Assedic, et surtout de profiter d'Internet  pour faire des économies. Si les changements doivent encore être précisés dans les prochains mois, le document détaille déjà quelques pistes.

  • La fin de l'accompagnement mensuel pour tous
D'ici 2013, le plan prévoit que les demandeurs d'emplois seront classés en trois catégories en fonction de leur profil. Le but est que les chômeurs considérés comme les plus éloignés de l'emploi puissent bénéficier dès leur inscription d'un suivi renforcé, avec un conseiller qui n'aura pas plus de 70 demandeurs d'emploi dans son "portefeuille".
Les chômeurs les plus proches de l'emploi pourront de leur côté, s'ils le veulent, être suivis uniquement sur Internet.
Commentaires AQ : Il va donc y avoir un traitement inégalitaire des demandeurs d'emploi, il sera intéressant de savoir comment va se faire la répartition. De plus, si des conseillers n'ont plus que 70 demandeurs dans leurs portefeuilles, cela implique que le portefeuille des autres conseillers (déjà débordés) va exploser ! Quel sera le suivi des "proches de l'emploi" ? Sans recrutement supplémentaire, n'y a-t-il pas un risque d'absence d'accompagnement ? Que les proches de l'emploi se rassurent, à force de ne pas être aidés, ils deviendront des "éloignés de l'emploi" du fait d'un important trou dans leur CV, ils auront alors droit à plus d'aide...
  • La création d'un corps de contrôleurs
Jusqu'à présent, ce sont surtout les conseillers de Pôle emploi qui sont chargés de vérifier que les demandeurs d'emploi recherchent bien un travail. Bien souvent, et faute de moyens, le contrôle se résumait à sanctionner le chômeur qui ne venait pas à un rendez-vous de Pôle emploi.
Le plan stratégique promet une "expérimentation" sur "la mise en place d'équipes dédiées au contrôle de la recherche d'emploi". Demain, des contrôleurs de Pôle emploi iront-ils au domicile des chômeurs vérifier qu'ils recherchent bien un emploi ? "Rien n'est exclu", affirme-t-on à la direction. Pour contrôler les demandeurs d'emploi qui sont suivis uniquement sur Internet, des outils de traçage des connexions sur le site de Pôle emploi pourraient être mis en place.
Commentaire A.Q: de loin la mesure la plus révoltante et absurde, qui a l'odeur nauséabonde des discours sur l'assistanat... Au lieu de renforcer les équipes de suivi qui seules peuvent faire baisser le taux de chômage, on crée un corps dont la mission est déjà vouée à l'échec. Comment vérifier au domicile que la personne cherche un emploi ? Si elle est absente, elle est peut-être dans un cybercafé en train de consulter des offres. Si elle dort, c'est peut-être qu'elle a fait ses recherches jusqu'à tard le soir, pour ne pas être interrompue par ses enfants. Si elle regarde la télé, elle a peut-être besoin de se détendre, parce que personne ne peut (ni ne doit faire une recherche 7/7 24/24). Fixer une loi qui oblige les employeurs à envoyer une réponse pour chaque candidature reçue serait 1000 fois plus efficace et plus stimulants pour les demandeurs qui se découragent à attendre vainement une hypothétique réponse. (ayant été recruteur, je peux certifier que cela n'est ni coûteux en temps, ni en argent de répondre, cela me semble même la plus élémentaire des courtoisies). Quant aux connexions sur le site Pôle Emploi, je ne veux pas être méchante, mais il me semble que beaucoup de candidats préfèrent largement aller sur Monster, l'Apec et autres sites... Peut-on au moins espèrer qu'il sera mis fin aux radiations abusives ?
  • L'abandon de la course aux annonces
Les agents de Pôle emploi ne chercheront pas comme par le passé à multiplier les offres d'emploi en sollicitant les entreprises. La direction de l'organisme souhaite inciter les entreprises à passer avant tout par le site de Pôle emploi pour déposer leurs annonces. De même, elle veut que les contacts directs entre chômeurs et entreprise, sans intervention de conseiller, soient développées.

"Toutefois, les entreprises qui n'utilisent pas Internet (et plus particulièrement les TPE) pourront contacter un conseiller afin qu'il leur propose le service adapté à leur besoin", prévient le document. Certaines entreprises, par exemple celles qui ont du mal à recruter, pourront bénéficier d'une offre de services renforcés.
  • L'ouverture aux sites d'annonces privés
La direction compte réaliser des "nouveaux partenariats avec les sites Internet emploi. Les offres publiées par ces sites pourraient être référencées dans le cadre des recherches effectuées sur pole-emploi.fr", et inversement. Le but est de faire circuler plus largement toutes les offres d'emploi.
Commentaire AQ: cela confirme ce que je disais précédement: à quoi bon épier les connexions des demandeurs s'ils peuvent passer par d'autres supports tout aussi efficaces ?
  • Un pilotage par les résultats
Trop longtemps, "les agents ont été uniquement évalués sur leur capacitéà réaliser des actes, sans que l'efficacité de ceux-ci ne soit évaluée", estime un très bon connaisseur de Pôle emploi.

Désormais, le taux de retour à l'emploi devrait devenir l'indicteur phare de l'organisme. "Les managers bénéficieront d'analyses des résultats déclinées par bassin d'emploi", promet le plan stratégique. Ce taux de retour à l'emploi permettrait de comparer entre elles les performances des différentes agences.
Commentaire AQ: ah, la tentation du management par objectif ! Du quantitatif, des chiffres, toujours des chiffres, avec des indicateurs sur lesquels les agents n'ont pas nécessairement de matrîse (les facteurs de résultats seront probablement liés aux profils des demandeurs rattachés à l'agence, au nombre de personnes suivies, au marché du travail local, à la situation économique du département, à la bonne formation des agents, rappelons que certains étaient formés à l'indemnisation pour les ASSEDICS et n'ont pas été suffisamment accompagnés lors de la fusion). Et une fois les chiffres obtenus, comment seront-ils utilisés ?

  • La simplification administrative
Pour libérer du temps pour l'accompagnement, le plan stratégique permet de simplifier les courriers et les démarches administratives. Il en appelle aussi aux partenaires sociaux pour rendre moins compliqué les règles d'indemnisation des chômeurs.

Bref, si j'ai été heureuse de lire le titre de l'article du Monde, estimant la réforme nécessaire, je reste assez désappointée et dubitative quant aux mesures prévues. Il n'y a plus qu'à attendre de voir comment ce plan sera effectivement appliqué...

30 avril 2012

Company Men de John Wells

Une bien belle surprise que le film Company Men de John Wells abordant l'impact des plans de licenciements sur la vie de ceux qui les subissent: les salariés concernés, mais aussi leurs familles, leurs collègues qui restent et les conséquences sociales, économiques et psychologiques du déclassement social.
Mettant en relief des problématiques intéressantes: disparités des salaires, discirmination liée à l'âge, capitalisme d'industrie vs libéralisme, il dénonce aussi les situations tragiques auxquelles sont confrontées les chômeurs: enthousiasme à afficher pour des postes éloignés, mal payés et inintéressants, faux espoirs, regard des autres, culpabilité, concurrence effroyable liée au nombre croissant de chômeurs.


C'est l'occasion de retrouver d'excellents acteurs, dont l'interprétation est toute en finesse: Ben Affleck tour à tour irritant et touchant, Kevin Costner, Tommy Lee Jones très justes...


Un seul bémol, le dénouement final, mais je n'en dirais pas plus pour ne pas gâcher le film...

Voir la bande-annonce:




Aller plus loin:
- lire l'article Comment faire face au blues de la recherche d'emploi ?

Se faire aider: cliquer ici

L'austérité contre-productive pour relancer la croissance, selon l'OIT

Il y a des choses qui semblent évidentes, mais il est toujours utile de le répéter...

Lire l'article sur le site Boursier.com


Des mesures de soutien à la croissance seront nécessaires en Europe mais aussi dans le reste du monde, en plus des politiques d'austérité pour relancer l'emploi, indique l'Organisation internationale du Travail dans un rapport rendu public dimanche soir. "La stratégie politique s'est détournée de la création d'emplois et de l'amélioration des conditions de travail pour se concentrer sur la réduction des déficits budgétaires à tout prix", regrette l'institution qui observe que, même dans les pays qui avaient plutôt bien résisté à la crise, le remède de l'austérité a été appliqué à titre préventif pour calmer les marchés financiers.
Ces politiques d'austérité se sont accompagnées dans certains pays d'une dérégulation du marché de l'emploi, comme en Espagne par exemple. Mais, "en période de récession, une réglementation moins contraignante pourrait conduire à davantage de licenciements sans contribuer pour autant à la création d'emplois", souligne l'OIT.
"Une approche alternative existe", poursuit le rapport : "les institutions du marché du travail devraient être renforcées afin que les salaires augmentent au même rythme que la productivité, en commençant dans les pays excédentaires", peut-on y lire. L'OIT appelle également les Etats à mettre en oeuvre une hausse coordonnée du salaire minimum et, dans le cas de l'UE, à orienter les Fonds structurels vers l'emploi.
Les Etats ont pu constater la contre-productivité des mesures d'austérité, il faut désormais placer l'emploi en tête de l'agenda politique, conclut l'organisation...