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04 janvier 2017

A voir, le documentaire Harcèlement sexuel : le fléau silencieux d'Olivier Pighetti

La chaîne France 5 vient de diffuser le documentaire Harcèlement sexuel : le fléau silencieux, dans le cadre de l'émission Le Monde en Face, présentée par Marina Carrère d'Encausse.
Pour le revoir: http://pluzz.francetv.fr/videos/harcelement_sexuel_le_fleau_silencieux.html

En savoir plus: article publié par Célia Mascre sur le site France3 Région (Picardie)
Deux anciennes salariées du Cartouche Club d'Amiens témoignent.
EXTRAIT - Harcèlement sexuel : le fléau silencieux (Le monde en Face, France 5)

C’est un fléau silencieux qu’on réduit souvent à des blagues salaces, et pourtant, les psychiatres s’accordent à dire que les traumatismes du harcèlement sexuel peuvent être aussi violents que ceux d’un viol. Pendant un an et demi, le réalisateur Olivier Pighetti a suivi la lutte de quatre femmes, qui ont dû se battre pour que la justice ne classe pas leur dossier sans suite.

Parmi elles, deux jeunes femmes anciennement salariées au Cartouche Club d'Amiens, une PME qui vend des cartouches pour imprimantes. "Laury et Gwenaëlle venaient de milieu très modestes lorsqu'elles ont été embauchées. Pour elles, c'était une manière de sortir d'une forme de précarité, elles étaient très contentes", raconte Olivier Pighetti.

HARCÈLEMENT SEXUEL SYSTÉMATIQUE

Mais très vite, et simultanément, elles font l'objet de harcèlement de la part du patron et de la patronne, un couple à la tête de la PME. Quand sa femme est absente, le patron pratique un harcèlement sexuel systématique, avilissant, dégradant. 

"Elles se sont consumées de l'intérieur, et se sont enfermées dans leur misère", relate le réalisateur. Et pour cause, au travail, personne ne remarque rien. Finalement, au terme d'un processus qui demande énormément de courage, elles parviendront à attaquer leur patron en justice.

CLASSÉ SANS SUITE

Si elles gagnent au Prud'homme, leur affaire est classée sans suite au pénal. "C'est là que l'affaire a été médiatisée, des collectifs féministes se sont emparés de l'affaire", raconte Olivier Pighetti. "Après plusieurs demandes d'interview avec le Procureur, on m'a finalement informé que l'affaire allait être rejugée", poursuit-il. 

"J'ai trouvé ça pitoyable, terrible, qu'il faille qu'un média pousse à ce point pour que la justice s'en occupe", s'indigne le réalisateur. 

Depuis, Laury et Gwenaëlle, terrifiées, ont déménagé pour ne plus le croiser et fondent en pleurs à l’idée de passer devant leur ancienne entreprise. 


VOUS VOULEZ QUE JE POSE MON SEXE SUR VOTRE BUREAU ? 


Ça vous dirait que je vous sodomise sur mon bureau tout neuf ?", "vous voulez que je pose mon sexe sur votre bureau ?". Des phrases de ce genre, Laury et Gwanaëlle en ont entendu quotidiennement. "Les mots peuvent faire aussi mal les coups. C'est une arme de destruction massive. Depuis, j’ai perdu ma joie de vivre", témoigne Gwenaëlle dans le documentaire. 

Et pour cause, les traumatismes subis par une victime de harcèlement sexuel sont très proches des victimes de viol. Pourtant, contrairement au viol, prouver le harcèlement et quasi mission impossible. "C'est parole contre parole", résume Olivier Pighetti. Peu de harceleurs laissent de trace : pas de mail, ni de sms... 

Mais, rappelle-t-il, les enregistrements sont valables au pénal. Le réalisateur encourage les victimes à prendre des vidéos et enregistrer les scènes de harcèlement. "Ces méthodes ne sont peut-être pas glorieuses, mais c'est tout ce qui peut fonctionner à coup sûr", rappelle-t-il. 

En France, 20% des femmes sont harcelées sexuellement au travail. Seuls 5% des affaires harcèlement qui passent par les tribunaux aboutissent sur une condamnation au pénal. 

Le patron de Gwenaëlle et Laury a été condamné à 2 ans de prison dont une année avec sursis, obligation de soins et 2 500 euros de dommages et intérêts pour chacune des deux jeunes femmes. Il a fait appel de sa condamnation.

16 février 2016

A voir: Dans le secret du burn out, le 16/02 sur France 2

Solitude, effondrement physique et moral, perte des valeurs sont les symptômes du burn-out, mal qui dévaste le monde du travail. Le film met en lumière les victimes de ce fléau moderne.

Dans le secret du burn-out © FTV 
Dans le secret du burn-out © FTV

« Je suis perdu » ; « Je sers à rien » ; « Aller travailler, c’est m’enfoncer un peu plus »... Combien sont-ils ceux pour qui le travail est devenu insupportable et qui ont « craqué » ? Des centaines de milliers, apprend-on dans ce saisissant documentaire de Jacques Cotta. Les cas de burn-out ont explosé ces dernières années. Christophe Dejours, psychanalyste, explique : « Ce qui a changé, c’est la solitude. Aujourd’hui, vous souffrez, personne ne bouge. Or la coopération est la base fondamentale de la santé mentale. »
Khaled Amoura raconte sa fierté à son entrée à la SNCF. Et sa descente aux enfers lorsque sa direction lui a demandé de « faire la réforme », c’est-à-dire d’instaurer la polyvalence. Dans la fonction publique, les modes de gestion sont désormais calqués sur le privé. Les réductions d’effectifs ont des conséquences souvent dramatiques. Harcèlement, dégradation des conditions de travail, manque de valorisation...
L’épuisement professionnel touche particulièrement l’Education nationale et l’hôpital public. Hervé et Christine Clément, agents hospitaliers, ont tous deux été victimes d’un burn-out. Leur fille, âgée de 16 ans, confie : « Ils ne sont pas comme avant, ils ne seront jamais comme avant. » « Je fais le deuil de ma profession », témoigne une prof. Ce film a le grand mérite de mettre en lumière ces anonymes qui ne bénéficient pas de la reconnaissance au titre de maladie professionnelle. Des invisibles démunis et isolés dans la détresse de plus en plus nombreux.
Mardi 16 février à 22h50 sur France 2. Documentaire de Jacques Cotta et Pascal Martin (2016). 1h10. (Disponible en replay). 

Retrouvez l'article sur le site du nouvel.obs.com

27 février 2013

A voir: au travail, corps et âme


ARTE diffuse, mercredi 06 mars 2013 à 22 heures 20, le documentaire réalisé par Carmen Losmann "Au travail, corps et âme".
Une plongée dans l'univers aseptisé des multinationales et des cabinets de conseil.

Au-travail--corps-et-ame.jpg

© Dirk Lütter

Télétravail, open space, horaires aménagés... En apparence, les grandes entreprises du secteur tertiaire mettent tout en oeuvre pour assurer le bien-être de leurs salariés. Les départements de ressources humaines, architectes et designers d'intérieur rivalisent d'ingéniosité pour développer des environnements et des conditions de travail propices à la créativité et à l'échange entre employés. Mais derrière cette vision idyllique de l'entreprise se cachent des formes de management toujours plus intrusives, qui rendent la frontière entre vie privée et professionnelle sans cesse plus ténue.

Nouvelles formes d'aliénation

DHL, Unilever, ou Microsoft : pour son premier documentaire, la réalisatrice Carmen Losmann pose sa caméra dans les locaux de grandes multinationales installées en Allemagne. Et parvient à se faire oublier pour mieux filmer les nouvelles pratiques de management. Des salariés qui passent sur le grill de "conseillers pour l'optimisation des performances", d'autres contraints à un parcours sportif pour tester leur esprit d'équipe ; sous des dehors policés se dessine un univers dépersonnalisé où seules comptent la productivité et la performance. Sans commentaires, Carmen Losmann critique avec acuité ces nouvelles formes d'exploitation au travail.

Bande-annonce (VO) de Work hard, play hard


A film about non-territorial office space, multi-mobile knowledge workers, Blackberries and Miles&More. A road movie discovering the working world of tomorrow. This documentary will take you on a journey through the post-industrial knowledge and services workshops, our supposed future working place. In this new world work will be handled more liberally. Time clocks cease to exist. Attention is not compulsory any more. The resource "human" comes into focus. The film closely follows the high-tech work force -- people who are highly mobile and passionate to make their work their purpose in life. Further episodes resume this topic and lead into the world of modern office architecture and into the world of Human Resource Management.

"An account based in reality -- cold as ice" -- DOK Leipzig

'Carmen Losmann has succeeded in making a film that's both thematically and artistically striking. We're confronted with the uncomfortable question of how we are going to deal with such a world and how we want to continue living in it" -- DOK Leipzig

30 octobre 2012

A voir; USA : dette des étudiants, la prochaine bulle ?

Plusieurs articles ou programmes soulèvent une question difficile: la difficulté qu'ont aujourd'hui les étudiants à financer leurs études.
Récemment, une jeune Brésilienne a opté pour une option assez radicale pour financer ses études de Médecine.
On a ainsi pu découvrir qu'en France aussi, un certain nombre d'étudiants étaient contraints de se prostituer.
On a également pu remarquer les émeutes provoquées par la hausse des frais universitaires dans différents pays: Angleterre, Canada, ou Espagne.

La question de l'inégalité face aux études et du risque de bloquer un peu plus l'ascenseur social est à nouveau soulevée.

Arte proposera un documentaire inédit, réalisé par Laurent Cibien, Pascal Carcanade et Marie Semelin consacrée à la dette des étudiants américaines, véritable bombe à retardement, le samedi 3 novembre 2012 à 18h35



 – ARTE GEIE / Vol de Nuit – France 2012


À l’automne 2011, la Réserve Fédérale américaine provoque un électrochoc dans le pays : elle révèle que l’encours de toutes les dettes étudiantes aux Etats-Unis a dépassé les 1000 milliards de dollars.

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C’est plus que les dettes des cartes de crédits, et surtout, ce chiffre a doublé en moins de 10 ans. Depuis, la question du coût croissant de l’éducation supérieure aux Etats-Unis s’est imposée dans la campagne présidentielle.
L’équipe d’ARTE Reportage a enquêté à Phoenix, Arizona, surnommée « la Silicon Valley de l’éducation supérieure ».

C’est ici que se trouvent à la fois la plus grande université publique du Pays, « l’Arizona State University » qui compte 72 000 étudiants, et le siège de la plus importante des Universités privées à but lucratif, « l’University of Phoenix ». Celle qui est accusée de pousser ses étudiants à s’endetter. Et c’est aussi en Arizona que le taux de défaut de paiement sur les prêts étudiants est le plus élevé du pays.

Rencontre avec des étudiants inquiets à l’idée de ne pas trouver un travail qui leur permettra de rembourser leurs emprunts et avec d’anciens étudiants étranglés par les dettes et poursuivis par des organismes de recouvrement, ARTE Reportage dévoile les racines de ce que certains imaginent être la prochaine bulle du crédit, plus dévastatrice encore que la crise des subprimes.

01 septembre 2012

A voir: “Sexe, mensonges et harcèlement”, un documentaire exceptionnel de Clarisse Feletin sur le harcèlement sexuel

Le 4 septembre sera diffusé "Sexe, mensonges et harcèlement", un documentaire exceptionnel de Clarisse Feletin sur le harcèlement sexuel.

Ce documentaire est passionnant, émouvant et révoltant. Il relate le parcours de victimes en parallèle de l'abrogation de la loi imposée par le Conseil Consitutionnel, qui a laissé 2000 victimes sans le moindre recours contre leurs agresseurs. Il est également éclairé par les témoignages d'élus, d'association d'aide aux victimes, de harceleurs, et d'avocats.

Le harcèlement moral n'est pas un épiphénomène: il touche en France 200000 personnes par an, majoritairement des femmes. Sur ces 200000 personnes, un millier vont porter plainte et 35 plaintes aboutiront à des condamnations. La France est l'un des pays dits "évolués" les plus en retard sur la question, plus en retard encore que l'Italie (néanmoins, que peut-on attendre des élus de l'Assemblée Nationale, incapables de se contrôler lorsqu'un des députés porte une robe...)

Le documentaire décrit le profil type des victimes: des femmes seules, en situation professionnelle instable, avec des enfants à charge, ce qui témoigne de la lacheté des harceleurs. Une question y est récurrente: est-ce de la séduction, une drague un peu lourde, du harcèlement ? Pourquoi la victime n'a-t-elle pas crié, s'est-elle laissée faire ? Des scientifiques sont justement interrogés et expliquent que les victimes sont tétanisées et voient leur mémoire alterée par l'agression (voir article sur le stress post-traumatique), ce qui dédouane les victimes d'une passivité jugée suspecte ("qui ne dit mot consent")...

Le documentaire décortique la mise en place du harcèlement: souvent un supérieur qui se montre d'abord sympathique et protecteur, puis de plus en plus insistant et menaçant, qui alterne phase agressive et phase normale pour tromper la vigilence de sa victime, qui cherchera à semer la confusion: "tu es coincée", "c'est une blague, tu n'as rien compris", "reste cool, tu vois le mal partout" allant enfin jusqu'à la mise au placard ou au licenciement...

Tous les secteurs sont concernés, l'accent est mis ici sur les élus, ce qui rappelle de nombreuses affaires, telles que celle de Georges Tron ou de DSK. Elle s'attarde plus spécifiquement sur le cas de Gérard Ducray, condamné en 2010 pour harcèlement sexuel et qui a obtenu le 4 mai 2012 que le Conseil constitutionnel, dans le cadre d'une question prioritaire de constitutionnalité formulée devant la Cour de cassation, déclare inconstitutionnel le délit pour lequel il avait été condamné et abroge, avec effet immédiat, l'article 222-33 du code pénal qui traitait ce sujet.

La question des connivences protégeant les harceleurs est suggérée avec le cas d'un directeur de police municipal bénéficiant d'un non lieu prononcé par un procureur malgré un important dossier à charge et celui de Gérard Ducray, qui connaissait personnellement plusieurs membres du Conseil Consitutionnel qui a fait le choix, fort rare d'une abrogation à effet immédiat créant un vide juridique.

On retient également de ce documentaire la responsabilité des ministres qui avaient été alertés par l'inconstitutionnalité de la loi sur le harcélement sexuel mais qui ont refusé de se pencher sur la question. On note aussi le petit sourire de certaines personnes interrogées sur la question du harcèlement sexuel qui démontre que les mentalités ont besoin d'être bousculées, ce qui est froidement confirmé par ce simple constat: en France, avec deux ans de prison et 30 000 euros d’amende, le harcèlement sexuel est moins pénalisé que le vol à l'étalage (trois ans et 45 000 euros), sauf dans des cas bien précis où vol et harcèlement sont punis au même niveau (voir le texte de la nouvelle loi).

Saluons enfin le travail de l'association AVFTAssociation européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail. le courage de Chantal Jouanno et de Martine Billard qui révèlent que le harcélement sexuel grangrène les plus hautes sphère de notre société...

Vous pouvez voir ce documentaire en avant-première sur le site de Télérama et sur France 2, le mardi 4 septembre 2012 à 22h40.

Vous pouvez également réagir sur le forum de France 2.

Et lire l'interview de la réalisatrice sur le site de Télérama (propos recueillis par Emmanuelle Skyvington):






Manifestation de l'Association européenne contre les Violences faites aux femmes au travail. © Corentin Fohlen/Fedephoto

Attouchements, gestes déplacés et obscènes, propositions équivoques à caractère sexuel, envois de SMS et d'images pornographiques…, les femmes qui témoignent dans cette enquête de Clarisse Feletin en ont toutes subis. Longtemps resté tabou, le harcèlement sexuel reste un délit difficile à prouver devant les tribunaux : seuls trente-cinq harceleurs ont été condamnés en 2010 sur mille plaintes déposés en France. Grâce à l'aide des juristes de l'AVFT (l'Association européenne contre les Violences faites aux femmes au travail), Manon, Sophie, Aline et les autres tentent de faire reconnaître les violences qui ont brisé leur vie. Engagée auprès d'elles, la réalisatrice Clarisse Feletin revient pour nous sur ce tournage émaillé de rebondissements.


Comment avez-vous convaincu des femmes de s’exprimer?

Par le biais de l’AVFT et grâce à Marilyn Baldeck, déléguée générale de cette structure, j’ai pu assister aux premières démarches de ces femmes harcelées. Elles racontaient le drame qu’elles avaient vécu, face aux membres de l’association. Celles-ci, très carrées, rigoureuses, prenaient des notes, vérifiaient les faits et tentaient de comprendre les stratégies des harceleurs qui agissent de façon calculatrice, à l'écart de tout témoin. Cette phase est très pénible pour ces femmes, mais elles sont sensibles à un argument majeur : les décisions de justice, qu’elles obtiennent à l’arrachée, permettent de faire évoluer la jurisprudence. Plusieurs disent « je ne veux plus que mon harceleur recommence » ou « je n’aimerais pas que cela arrive à ma fille ». Dénoncer leur agresseur devient pour ces victimes un combat à la fois personnel et collectif, avec une portée sociale. Quant à la présence de la caméra, c’était très délicat. Elles prennent déjà des risques en déposant plainte, alors montrer leur visage…! Je les ai laissées très libres face à ce choix. Je ne leur ai jamais mis la pression, car j’ai un grand respect pour leur situation.


Simple jeu de séduction, drague lourde, ou vrai délit et fléau social : comment le harcèlement sexuel est-il perçu dans la société française ? 
Je crois qu’en France, il y a un double déni, social et juridique, et une forme d’aveuglement au sujet de cette question a contrario largement prise en compte dans nombre d’autres pays aujourd’hui. En Israël, par exemple, le coût du harcèlement sexuel a été estimé à 200 millions de dollars : les victimes souffrent de dépression et passent parfois des mois en arrêt maladie. Aux Etats-Unis, ce délit au travail est pris en compte par les employeurs qui en font mention dans les contrats de travail. En France, on en est loin : cela reste une question tabou. Tant que les employeurs ne prendront aucune sanction au niveau de leur entreprise, les femmes sont obligées de saisir la justice. Ce qui entraîne pour elles des frais d’avocats. La majorité de ces femmes ont été mises au placard ou virées. Certaines ne peuvent plus payer leurs loyers. En France, l’enjeu de ce débat n’est pas que judiciaire : il faut que le monde du travail et les ressources humaines dans les entreprises prennent conscience que c’est grave.


Durant le tournage, coup de théâtre : le 4 mai 2012, le Conseil constitutionnel abroge l'article 22-333 du Code Pénal qui condamnait le harcèlement sexuel…
En effet, la loi a été jugée anticonstitutionnelle au motif que la définition du harcèlement sexuel était trop floue. C'est Gérard Ducray, ancien secrétaire d'Etat sous Valéry Giscard d'Estaing, ex-député et actuel conseiller municipal de Villefranche-sur-Saone, condamné en appel pour harcèlement sexuel envers Aline Rigaud, qui a obtenu l'abrogation de la loi après avoir posé une QPC (question prioritaire de constitutionnalité). Par l'annulation de cette infraction, quelque deux mille femmes ont vu l'extinction des procédures pénales qu'elles avaient entamées. Les cinq femmes que je filmais ont toutes très mal vécu ce nouveau coup dur, ressenti comme une terrible injustice et la négation de leur souffrance.


Depuis, le 6 août dernier, une nouvelle loi sur le harcèlement sexuel a été promulguée. Aline Rigaud (la seule à témoigner à visage découvert, ndrl), Sophie, Najat, Manon et Aurélia pourront-elles reporter plainte ?Non, car on ne peut pas porter plainte deux fois pour les mêmes faits. Le seul recours maintenant pour ces femmes qui ne peuvent plus aller au pénal, c'est de déclencher une procédure civile au sein du même tribunal correctionnel sur le fondement de l'article 1382, c'est-à-dire sur la responsabilité de quelqu'un « qui cause un dommage à autrui ». Dans le cas de cette procédure, elles pourront peut-être obtenir des dommages et intérêts pour préjudice moral et matériel. Mais dans tous les cas, cela demeure une mesure cosmétique et limitée concernant uniquement les affaires qui étaient renvoyées au tribunal. En revanche, toutes les affaires qui en étaient au stade de l'enquête préliminaire et de recherche de la preuve (la police doit convoquer le harceleur présumé, organiser une confrontation…) tombent à l'eau.Y a-t-il des améliorations avec cette nouvelle loi du 6 août 2012 ?Oui. Dans l'ancienne loi, un vol simple était trois fois plus puni que le harcèlement : maintenant, il y a égalité entre le harcèlement et le vol (jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende). Donc il y a un progrès. Par ailleurs, cette nouvelle loi est beaucoup plus précise et plus large que la précédente (le harcèlement moral est plus sévèrement puni, tout comme d'autres discriminations comme la transphobie (attitude agressive envers les transsexuels, ndlr). Le législateur a impulsé un mouvement, appuyé par la circulaire Taubira du 7 août. Maintenant, c'est aux juges de faire leur travail. Il faut que l'ensemble de la société prenne conscience que le harcèlement est grave et destructeur.



Clarisse Feletin, journaliste, a dénoncé le scandale de l’usine d’incinération d’ordures ménagères de Gilly-sur-Isère (La journaliste, la juge et la dioxine, 2010), puis suivi les affres de la maison Descamps placée en redressement judiciaire (Sauve qui peut, 2012).




14 juin 2012

Infrarouge XXL: la nuit documentaire

Plusieurs documentaires passionnants vont être rediffusés sur France 2 le mardi 19 juin à partir de 22.55.

Parmi les documentaires, on trouvera certains d'entre eux dont il a déjà été question dans ce blog:

22h55: La Gueule de l'Emploi de Didier Cros
Un film sur "la comédie de la cruauté du travail", portant sur les méthodes employées par l'assureur GAN pour recruter sa "force de vente".

0h30: Les Travailleu(r)ses du sexe de Jean-Michel Carré
D’un côté, l’économie de marché a généré la multiplication des salons de l’érotisme et de sociétés d’éditions de vidéos pornographiques, au nom de la prétendue liberté du consommateur. D’un autre côté, alors la prostitution est restée plus ou moins tolérée dans la plupart des pays, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, fait voter en France, en mars 2003, une loi dite de "sécurité intérieure" incluant le racolage passif des prostituées. Si la prostitution devient très vite moins visible dans nos rues, la prostitution augmente considérablement sur les réseaux internet et aux périphéries des villes, rendant à nouveau des prostituées à la merci des proxénètes et des réseaux mafieux. Qualifiée de plus vieux métier du monde, la prostitution reste un "obscur objet de haine et de désir". Quelque soit le système politique, pourquoi reste-elle l’activité la plus stigmatisée dans nos sociétés, même lorsqu’elle est libre et consentie ? Aujourd’hui, des femmes et des hommes revendiquent le droit de pouvoir louer librement leur corps ou de vendre des services sexuels alors même que l’économie de marché utilise une pseudo libération sexuelle pour justifier la légalisation de la marchandisation de l’intime. Paroles et pratiques dérangeantes, stigmatisées par des jugements moralisateurs, sont la matière même de ce film. Elles nous questionnent sur les rapports hommes - femmes, la sexualité et son contrôle par le pouvoir.

1h50: Troufions de Thierry Demaizière et Alban Teurlai
Cinq soldats qui ont participé à la guerre d’Algérie comme appelés témoignent pour la première fois sur ce qu’ils ont vécu . A l’époque de cette guerre, ces cinq hommes étaient de jeunes hommes qui étaient simples troufions dans l’armée française .

2h45: Une peine infinie, Histoire d'un condamné à mort, de David André 
Une nuit de février 1999, Sean Sellers est exécuté par injection au pénitencier de Mc Alester, dans l’Oklahoma. Il avait été condamné à mort treize ans plus tôt pour un triple meurtre — il a tué sa mère, son beau-père, et un gérant de supermarché. La sentence est terrible : il n’a que 16 ans à l’époque des faits, mais il est jugé comme un adulte. 

4h05: La mise à mort du travail de Jean-Robert Viallet 
Dans un monde où l’économie n’est plus au service de l’homme mais l’homme au service de l’économie, les objectifs de productivité et les méthodes de management poussent les salariés jusqu’au bout de leurs limites. Jamais maladies, accidents du travail, souffrances physiques et psychologiques n’ont atteint un tel niveau. Les histoires d’hommes et de femmes que nous rencontrons chez les psychologues ou les médecins du travail, à l’Inspection du Travail ou au conseil de prud’hommes nous révèlent combien il est urgent de repenser l’organisation du travail.

01 avril 2012

A voir: la Bombe humaine, documentaire d'Elsa Fayner

Elsa Fayner, journaliste chez Rue89 et créatrice du blog très pertinent Et voila le travail est l'auteur d'un documentaire qui devrait être particulièrement intéressant et qui sera diffusé le 10/04/2012 sur France5 :


Nucléaire: la bombe humaine

Mardi 10 avril à 20h30 sur France 5, le documentaire d’Elsa Fayner sur le travail dans le nucléaire (une coprod Chasseur d’étoiles).
ll y a un an, la catastrophe de Fukushima confrontait les autorités françaises à la question du risque nucléaire. Mais l’audit engagé depuis dans les centrales du pays le plus nucléarisé du monde -relativement au nombre d’habitants- omet un facteur majeur : l’utilisation massive de la sous-traitance. Ce documentaire met en lumière un phénomène aux conséquences inquiétantes. Le débat sera ouvert par Carole Gaessler, qui recevra en direct sur son plateau plusieurs invités.
« Si, demain, il arrive un accident nucléaire, on va vous dire que c’est nous, les prestataires, qui sommes responsables parce qu’on n’a pas fait notre travail correctement, alerte un sous-traitant. La réalité, c’est qu’on ne nous donne ni le temps ni les moyens de le faire. »
80 % des ouvriers de la maintenance des centrales nucléaires françaises viennent désormais de la sous-traitance. Parmi ces vingt mille petites mains de l’atome, ils sont de plus en plus nombreux à dénoncer la pression croissante sur les équipes et l’exigence de rentabilité au détriment de la qualité et de la sécurité. La leur, mais aussi celle de la population.
Deux enquêtes officielles – celle menée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) dans le cadre des stress tests, et celle de la commission parlementaire — ont pour mission d’établir un état des lieux des installations. Quelle place est réservée à l’organisation du travail ?
La journaliste Elsa Fayner a enquêté auprès de ces ouvriers du nucléaire et rencontré ceux qui militent contre les dangers de cette sous-traitance à outrance : syndicalistes, avocats, chercheurs, etc. Son documentaire montre les relations souvent délicates entre politique, sûreté nationale et nécessité industrielle.

28 mars 2012

Sortie du DVD La gueule de l'emploi de Didier Cros

Nous avons été nombreux, en septembre dernier, à nous émouvoir en regardant l'effarant documentaire de Didier Cros, La Gueule de l'emploi.
Extrêmement éclairant sur l'approche déshumanisée qu'ont certains recruteurs de leur métier, ce documentaire va à nouveau pouvoir être visionné, à la télévision d'abord (Planète, le 04/04 à 20h, le 06/04 à 13h35, le 12/04 à 13h30, le 13/04 à 21h35), mais aussi, pour ceux qui n'ont pas cette chaîne, en DVD dès le 04/04/2012.

Pré-commander le DVD: cliquez ici


15 février 2012

TV, regarder: Soirée Thema consacrée au travail sur Arte

Thema vous propose, le mardi 21 février 2012, de regarder deux documentaires consacrés au ravages causés par le chômage.

Le chômage, comment s'en sortir ?
Alors que l'Europe se débat dans la crise financière, l'emploi reste-t-il une priorité ? En France, où cinq millions de personnes en sont privées, et en Allemagne, où les travailleurs pauvres se sont multipliés, enquêtes sur des sociétés à deux vitesses.

20.35: Le travail, malade du chômage, documentaire d'Anne Kunvari et Nadya Charvet, 60'
Il y a quarante ans, Peugeot employait 42 000 salariés à Sochaux, son usine mère, soit 30 000 de plus qu'aujourd'hui. Sur les chaînes, un tiers des six mille ouvriers sont intérimaires. Dans la région, les entreprises d'insertion ont fleuri, permettant à des hommes et à des femmes durablement exclus du travail de renouer avec lui, maigres salaires subventionnés à la clé. La précarité de l'emploi, affirment des représentants du patronat local, est devenue «une variable d'ajustement» indispensable à la survie des entreprises dans une économie mondialisée. Ce film nous plonge dans le quotidien de ce travail rétréci.

21.40: Allemagne: modes d'emploi, documentaire de Nadia Charvet, 35'
En dépit d'une récession deux fois plus forte que la nôtre, l'Allemagne a licencié cinq fois moins que la France entre 2008 et 2010. Et son chômage continue de baisser. Seul, le recours massif au chômage partiel pour préserver les emplois n'aurait pas suffi. Depuis les années 1990, les entreprises allemandes ont négocié toujours plus de flexibilité contre des garanties d'emploi, les syndicats acceptant de troquer certains avantages sociaux contre cette sécurité. Vingt ans après, cette pratique de dialogue social et de cogestion a sauvé le pays d'une crise annoncée. Après l'exemple français, cette enquête se concentre sur Stuttgart où la reprise est la plus spectaculaire.

Cette soirée sera rediffusée le 23 février à 10:45

26 septembre 2011

A voir: Spécial Investigation le 26/09/2011 à 22h30 sur canal +

Ce soir, l'excellente émission Spécial Investigation propose un documentaire intitulé "Fonctionnaires, taisez-vous !" sur le devoir de réserve;

Résumé: Bastien Cazals, directeur d'école maternelle, s'est vu retirer deux mois de salaire pour avoir refusé d'appliquer certaines réformes lancées en 2008 et en avoir parlé dans la presse. Vincent Desportes, général de division, a été «réprimandé» pour avoir émis des réserves sur l'engagement français en Afghanistan dans une tribune publiée dans le quotidien «Le Monde». Jean-Hugues Matelly, officier de gendarmerie, a été radié à vie après avoir critiqué le rapprochement police-gendarmerie. A l'étranger, les fonctionnaires ne sont pas soumis à une telle pression. En Belgique, aux Pays-Bas et dans les pays scandinaves, les militaires peuvent manifester ou faire grève. Aux Etats-Unis, la justice protège les fonctionnaires qui brisent la loi du silence pour servir l'intérêt public. Mais France, le pouvoir veille à étouffer toute protestation.

Alors que les fonctionnaires sont souvent considérés (à tort) comme des planqués par les salariés du privé, il est intéressant de se pencher sur les contraintes qui pésent sur eux, les pressions dont ils sont les victimes et le peu d'échappatoire dont ils disposent, ce qui explique qu'ils soient aujourd'hui si nombreux à nécessiter un accompagnement.

L'émission sera diffusée le 26/09/2011 à 22h30 et le 29/09/2011 à 3h10 sur Canal +.
Consultations souffrance au travail: lien