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02 novembre 2012

A lire: La panne - Repenser le travail et changer la vie, aux éditions Bayard, paru le 27/09/2012, de Christophe Dejours, Béatrice Bouniol (Interviewer)


Quarante ans que Christophe Dejours propose une approche différente du travail, qui s’intéresse à la souffrance qui s’y joue et aux stratégies que les gens construisent pour s’en protéger. Des années donc qu’il s’oppose aux partisans de la fin du travail et s’inquiète au contraire de sa disparition au profit de la gestion. Longtemps minoritaire, sa démarche est apparue seule à pouvoir donner une lecture rationnelle des suicides qui ont frappé le monde du travail ces dernières années. 
Lui qui a commencé ses enquêtes dans le monde ouvrier a bientôt vu les cadres et les patrons eux-mêmes lui demander de réfléchir avec eux à une organisation du travail qui les mettrait à l’abri de ces passages à l’acte. C’est ce constat qui est à l’origine de ce livre d’entretien : nous sommes dans un moment charnière, d’extrême domination d’un côté, imposée par les méthodes gestionnaires comme l’évaluation individuelle des performances qui a détruit toute solidarité et a plongé les travailleurs dans une solitude terrible ; mais un moment de résistance aussi, où les réalisateurs, les romanciers, les metteurs en scène, les journalistes donnent de plus en plus à voir les dégâts des organisations du travail héritées des années 80, où les avocats gagnent des procès contre de puissantes entreprises, où l’ensemble des salariés doutent de l’efficacité d’un modèle qui les détruit au quotidien. 
Au-delà de cet état des lieux, Christophe Dejours propose ici d’en reconstruire l’histoire afin de montrer la centralité du travail et la manière dont nous pouvons tous ensemble le réformer aujourd’hui. Avec une certitude : le système ne fonctionne que grâce à notre consentement et notre zèle, nous pouvons le mettre en panne et en construire un tout autre.

Biographie de Christophe Dejours
Psychiatre, psychanalyste, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers et directeur du Laboratoire de psychologie du travail et de l’action, Christophe Dejours est l’auteur notamment de Souffrance en France, Le travail vivant et, aux éditions Bayard, Travail, usure mentale. Entretiens avec Béatrice Bouniol.

Voir aussi:
http://cabinetquelennec.blogspot.fr/2011/09/videos-jai-tres-mal-au-travail.html

19 septembre 2011

Paul Willis, L’École des ouvriers. Comment les enfants d’ouvriers obtiennent des boulots d’ouvriers



Paul Willis
L’École des ouvriers 
Comment les enfants d’ouvriers obtiennent des boulots d’ouvriers
Traduction de l’anglais par Bernard Hœpffner
Préface, postface et entretien avec l’auteur par Sylvain Laurens & Julian Mischi
Agone
2011

Présentation de l'éditeur
Le rejet du travail scolaire par les « gars » et le sentiment qu’ils « en savent plus » trouvent un écho dans le sentiment très répandu dans la classe ouvrière que la pratique vaut mieux que la théorie : « Un brin de zèle vaut une bibliothèque de diplômes », annonce un grand placard placé dans l’atelier. L’aptitude pratique vient toujours en premier et a statut de condition préalable à toute autre forme de savoir. Alors que la culture petite-bourgeoise considère les diplômes comme un moyen de moduler vers le haut la gamme des choix offerts à un individu, du point de vue de la classe ouvrière, si le savoir ne se justifie pas, il faut le rejeter. Au travers d’une enquête (classique de la sociologie du monde ouvrier) menée dans un collège anglais fréquenté essentiellement par des enfants d’ouvriers, le sociologue Paul Willis analyse comment ils en viennent à accepter, après leurs parents, des positions relativement dominées dans le monde du travail. De l’école à l’usine, ce livre rend compte de la façon dont, en désorganisant l’encadrement scolaire, en s’opposant aux « fayots », ils privilégient la sortie du système scolaire, confirmant le fait que l’école ne leur promet aucun avenir professionnel en dehors du travail manuel. Sociologue et ethnographe britannique rattaché au courant des cultural studies, Paul Willis enseigne la sociologie à l’Université de Princeton (USA).