26 août 2010

Suspicion et malentendu autour du bulletin de paie

Le site gestiondelapaie.com publie aujourd'hui un article que j'ai rédigé pour eux concernant le malaise du salarié face à son bulletin de salaire.
Cet article est l'occasion d'évoquer les sources d'incompréhension et de malentendus, ainsi que les recours pour un salarié lorsqu'il a le sentiment d'avoir été lésé.
Voici un lien vers l'article: lien
Bonne lecture !

Baisse du chômage: une bonne nouvelle ? (Cabinet Quelennec, psychologie du travail, Quimper)

"Une vraie bonne nouvelle", "Le meilleur chiffre depuis février 2008", "Un succès encourageant", "un nouveau signe tout à fait clair", " le gouvernement a bien fait de ne pas baisser les bras et de miser sur une politique active de l'emploi": il est bien agréable de voir enfin des personnalités politiques heureuses et encourageantes lorsqu'il est question d'emploi... En juin, puis en juillet, le nombre de chômeur a baissé. Pour le mois de juillet, il s'agit d'une baisse de 0.5% (soit plus de 14000 personnes) de la catégorie A, avec un petit bémol, cette chute concerne surtout les jeunes, mais aucune amélioration n'est visible pour les seniors qui, rappelons le, sont désormais censés travailler plus longtemps. La catégorie A ? De quoi s'agit-il ?

Voici l'explication de l'INSEE:
catégorie A : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi ;
catégorie B : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite courte (i.e. de 78 heures ou moins au cours du mois) ;
catégorie C : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite longue (i.e. de plus de 78 heures au cours du mois) ;
catégorie D : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi (en raison d’un stage, d’une formation, d’une maladie…), sans emploi ;
catégorie E : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, en emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés).

Le chiffre annoncé ne prend donc en compte que les personnes n'ayant eu aucune activité, et ceci uniquement en métropole car pour une raison mystérieuse, les DOM TOM n'y sont que rarement comptabilisés. Ce qui veut dire qu'une personne ne figure plus en catégorie A soit:
- parce qu'elle a trouvé un travail
- parce qu'elle a eu une activité provisoire plus ou moins longue (mission intérim, CDD...)
- parce qu'elle est tombée malade ou parce que le Pôle Emploi lui a proposé un poste
- parce qu'elle bénéficie d'un contrat aidé
- parce qu'elle a été radiée.

Or justement, concernant les radiations, plusieurs journaux dont le Canard Enchaîné et le Nouvel Obs s'inquiétaient d'un nombre accru de radiations abusives (par exemple, un demandeur d'emploi radié parce que son portable s'est éteint pendant l'appel de son conseiller ou une autre parce qu'elle avait dix minutes de retard lors de son RV au Pôle Emploi. (cf article du Nouvel Obs). Un livre, Confessions d'une taupe à Pôle Emploi de Gaël Guiselin et Aude Rossigneux dénonçait déjà en mars 2010 les directives très claires attendant le déploiement d'efforts importants pour sortir le plus de personnes possibles de cette fameuse catégorie A.

D'ailleurs, si on consulte les communiqués du Pôle Emploi, les chiffres du site http://www.emploi.gouv.fr/ sont éloquents:

"Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi de catégorie A s’établit à 2 676 600 en France métropolitaine fin juillet 2010. Ce nombre baisse par rapport à la fin juin 2010 (-0,5 %, soit -14 400). Sur un an, il croît de 5,4 %.
Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi de catégories B et C s’établit à 1 287 200 en France métropolitaine fin juillet 2010. En juillet, le nombre de ceux de catégorie B augmente de 0,5 % (+7,3 % sur un an) et le nombre de ceux de catégorie C est en hausse de 2,3 % (+19,4 % sur un an).
Au total, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi de catégories A, B, C s’établit à 3 963 800 en France métropolitaine fin juillet 2010 (4 208 300 en France y compris Dom). Ce nombre croît de 0,1 % (+5 300) au mois de juillet. Sur un an, il augmente de 8,1 %."

Autre remarque que je tiens à partager, est-il merveilleux et encourageant que le nombre de postes à pourvoir augmente en juin (période des soldes) et en juillet-août (contrats saisonniers, jobs d'été, remplacement de salariés en vacances) ? D'ailleurs, qui profite le plus des jobs d'été ? Les jeunes. Ceux-là justement qui sont moins nombreux dans la catégorie A.

Enfin, la durée d'affiliation au Pôle Emploi ne peut excéder 24 mois pour les moins de 50 ans et 36 mois pour les plus de 50 ans. Or, quand la France est-elle entrée en récession, entraînant une vague de suppression de postes ? Il y a deux ans, ce qui concerne donc immédiatement les plus jeunes qui arrivent en fin de droit et quittent la catégorie A et pas encore les seniors qui y restent encore 1 an.

Alors sans vouloir jouer les rabat-joies, je ne vois pas de quoi se réjouir, surtout quand le
secrétaire d'État à l'Emploi précise dans ces interviews qu'il ne faut pas s'attendre à ce que les mois à venir soient aussi bons.




24 août 2010

Pour sourire: voilà mesdames pourquoi ils faut se réjouir de la discrimination salariale (Cabinet Quélennec, psychologie sociale, Quimper)

Voilà une étude bien navrante, d'autant plus affligeante d'ailleurs, qu'elle a été menée par une femme. Une chercheuse américaine vient en effet de démontrer après 6 ans d'études que pour s'assurer la fidélité de son conjoint, il faut ne pas menacer sa virilité en gagnant moins que lui. Et pas simplement un peu moins car l'étude est formelle: il faut être à un niveau équivalent à 75% du salaire de son conjoint. Au delà, on est castratrice, en deçà, on risque de voir Monsieur s'investir davantage dans le travail, être absent plus souvent, multipliant les occasions d'aller voir ailleurs. Bien sûr, l'étude explique que ces Messieurs n'ont pas à s'inquièter, ils peuvent gagner plus que nous sans qu'on les trompe...

Pour aller plus loin dans l'analyse, je vous suggère la lecture de cet article qui pose à mon avis de bien meilleures questions: pourquoi avoir de l'argent (ou une grosse voiture, un portable dernier cri, une Rolex, ou un gros avion) est associé à la virilité dans les sociétés occidentales ? Pourquoi est-il ancré dans les mentalités qu'un couple normal est celui où Monsieur gagne plus ? Une femme ambitieuse et brillante est-elle condamnée à vivre seule ou trompée ?

L'article évoque un excellent ouvrage à lire absolument: La Domination Masculine de Pierre Bourdieu.

23 août 2010

Seconde édition d'Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés de Marie Pezé (Cabinet Quélennec, psychologie du travail, Quimper)



Certains connaissent peut-être déjà la première édition de ce livre passionnant paru en 2008, d'autres ont pu voir le film-documentaire éponyme qui ne peut que faire réfléchir, que l'on soit salarié, élu du personnel, DRH, manager et surtout psychologue, inspecteur ou médecin du travail.

Pour ceux qui ne connaissent ni l'un ni l'autre, c'est un ouvrage rédigé par Marie Pezé, psychologue qui a ouvert la consultation "Souffrance et travail" en 1997 dans les Hauts-de-Seine. C'est le récit de parcours de salariés, des mécanismes organisationnels qui les ont abimés, parfois détruits. C'est aussi le constat des dégâts catastrophiques que provoque la précarisation du marché de l'emploi alliée à des politiques managériales fondées sur l'intensification permanente du travail (ou plutôt l'augmentation constante des objectifs), l'isolement et la mise en concurrence des salariés, mais également une forme de "soumission" de la part des salariés. Ce qui est dévoilé également ici, ce sont les impasses tragiques dans lesquelles se retrouvent ses salariés, les engrenages implacables qui les entraînent et les culpabilisent.

Marie Pezé n'a pas une fonction facile. Elle doit faire preuve de neutralité alors que tout ce qu'elle décrit pousse à un sentiment de révolte, une envie de prendre fait et cause pour ces accidentés du travail, une impression d'injustice pas suffisamment combattue par notre société. Elle y parvient néanmoins, grâce à un travail pluri-disciplinaire et la rencontre des différents acteurs du marché du travail.

Ce livre est aussi une sonnette d'alarme: on parle désormais un peu plus en France de harcèlement moral, de suicides sur le lieu de travail, mais la notion de karoshi reste méconnue tout en étant une réalité qui ne menace pas que les salariés japonais... C'est l'occasion pour les managers d'envisager une réorientation de leur politique RH aussi bien d'un point de vue éthique que rationnel, en évitant ainsi arrêts de travail, absentéisme, démission et accidents du travail...

J'en profite pour vous proposer de lire l'article du Monde datant du 24 juillet 2010, qui est assez sidérant: cf article.

21 août 2010

Les nombreux visages de la discrimination (Cabinet Quélennec, psychologie sociale, quimper)

Alors que certaines mesures discriminatoires sont malheureusement fort bien connues dans le monde de l'entreprise (discrimination subie par les femmes, les seniors, les débutants, l'origine ou le handicap), voilà qu'émergent au pays des Droits de l'Homme de nouvelles formes de discrimination.

La presse dévoile aujourd'hui qu'à responsabilité et compétence égales, un homosexuel touchera en moyenne 6.5% de moins que son homologue hétérosexuel (ce qui, soit dit en passant, est toujours mieux que la différence de salaire entre hommes et femmes: 19%). Bien évidemment, tout ceci est parfaitement illégal, mais les habitudes ont la vie dure...
voir article

Mais c'est Le Parisien/Aujourd'hui en France qui révèle une forme de discrimination assez inattendue mais pas si surprenante: les Dylan, Kévin, Cindy et autre Sandy subissent préjugés et inégalité des chances face à l'embauche, préjugés qui commencent d'ailleurs dès l'école d'après l'article. Des sociologues commentent le phénomène en n'hésitant pas à dénoncer une discrimination liée à l'origine sociale, les prénoms à consonance anglo-saxonne ayant eu beaucoup de succès dans les milieux défavorisés et les grandes banlieues (pauvres) dans les années 90. Cette discrimination, déjà très présente dans le monde de la politique contamine également l'entreprise. A profils équivalents, un recruteur préfèrera un Pierre à un Brandon, mais préfèrera heureusement une Kelly compétente à une Marie moins qualifiée.

La Tribune rappelait le mois dernier que la baisse du chômage se faisait attendre (cf article), voici le profil type auquel il va désormais falloir se plier: être un homme hétérosexuel pas trop jeune, ni trop vieux, avec un nom et un prénom bien français, sans le moindre handicap (éventuellement une petite myopie, mais pas plus...). Ou bien comme disait Coluche il y a trente ans: "mieux vaut être blanc riche et bien portant que noir au chômage et malade". Ca semble encore parfaitement d'actualité.

Bref, la diversité et la tolérance semblent devenir des utopies, espérons que les tendances changent et que La Halde saura faire entendre sa voix.