04 juillet 2011

La motivation des jeunes diplômés

Europe 1 propose un article assez amusant aujourd'hui: "Les jeunes plus exigeants face au travail".
Une enquête TNS Sofres - EUROPE 1 révèle que 26 % des DRH ont du mal à recruter des jeunes parce qu'ils ont dit percevoir un manque d'expérience des candidats, et à pourcentage égal, un manque de motivation. 

Un jeune diplômé n'a pas 10 ans d'expérience
D'abord, le premier constat est vraiment très drôle, j'en ai d"ailleurs déjà parlé: en effet, un jeune diplômé manque d'expérience (on enfonce des portes ouvertes, là), ce qui est d'ailleurs l'argument sur lequel ils s'appuient bien souvent pour leur proposer un salaire si bas. 

Les jeunes ne sont pas motivés
Le deuxième constat ne paraît pas comique de prime abord. Les jeunes ne sont pas motivés... Serait-ce la raison pour laquelle la crise s'éternise ? Ces jeunes tire-au-flan n'ont pas envie d'accepter les nombreux postes passionnants proposés par les DRH ?

Le mouton à 5 pattes
Bon, il faut remettre quelques pendules à l'heure... D'abord, mon expérience en entreprise et en cabinet de recrutement m'a appris qu'en France, si on avait pas un CV quasi copier-coller de la fiche de poste du recruteur, ce n'était pas gagné pour décrocher le poste. Si les recruteurs étaient moins rigides, moins accrochés aux diplômes, aux grandes écoles et s'ouvraient aux personnes à potentiel, s'ils renonçaient à des critères plus ou moins légaux et/ou injustifiés, leurs difficultés se lèveraient comme par magie. Car vouloir toujours un bac+5, disponible, bilingue, mobile, pour un poste de faible qualification rémunéré au SMIC, c'est un peu aller dans le mur...

Travailler pour vivre ou vivre pour travailler ?
Ensuite, on cite une jeune femme, Julie, 24 ans qui a osé dire:""On ne vit pas pour travailler, on travaille pour vivre." Honteux ? Ce n'est pas si idiot que ça quand on reprend une enquête CSA pour Les Echos de mars 2005: 45% des Français s'arrêteraient s'ils disposaient de leur revenu actuel sans avoir à travailler. Julie n'est plus un cas isolé mais correspond à la moitié de la population... On enfonce le clou en expliquant que la jeune femme a choisi de travailler comme employée de banque à Paris, pour avoir un poste avec des horaires souples qui lui permet d’avoir du temps pour elle.

Personnellement, j'ai envie de la féliciter. Bien sûr, il est formidable d'avoir un travail qui passionne, où on ne compte plus ses heures, où on se donne à 100% et où se réalise pleinement. C'est l'idéal, mais c'est loin d'être le cas le plus fréquent, et nous n'attendons pas tous la même chose du travail. Cela dépend de nos valeurs, de nos motivations intrinsèques, de notre culture, de vision du travail... Vouloir développer plusieurs sphères dans sa vie, c'est aussi garantir sa santé mentale si l'une des sphères s'effondre.

Le marché de l'emploi aujourd'hui
Or, quelle est aujourd'hui la vision qui ressort quand on suit l'actualité ?
Les suicides d'Orange France Télécom ?
La souffrance au travail

Le manque de postes
Les travailleurs pauvres
Peut-on reprocher aux jeunes de manquer d'enthousiasme ?

13 vérités sur le travail (source)
  1. Nous consacrons en moyenne 90.000 heures de notre vie à travailler
  2. 80% des travailleurs sont mécontents de leur travail.
  3. Un quart des travailleurs taxent leur travail de source importante de stress. 4 sur 10 le qualifient même de « très voire extrêmement stressant » !
  4. Les couples dont les partenaires prestent 10 heures supplémentaires ou plus par semaine, ont deux fois plus de chances de se séparer.
  5. Chaque année, 13 millions de jours ouvrables sont perdus pour cause de maladie liée au stress.
  6. Chaque année, 10 000 Japonais succombent à leur bureau suite à des semaines de travail de 60 à 70 heures, maladie professionnelle au pays du soleil levant plus connue sous le terme de ‘karoshi’.
  7. Un Américain moyen a exercé avant ses 30 ans 7 à 8 jobs différents.
  8. Près d’un Américain sur deux prend du poids à cause du boulot : 28% prend 4 kilos et plus, 13% plus de 8 kg.
  9. Aux Etats-Unis, un travailleur ne prend en moyenne que 57% de ses congés. Près de la moitié des jours de congés légaux sont consacrés au travail.
  10. 25% de ceux qui prennent congé, contactent régulièrement le bureau par mail ou téléphone. 60% le fait aussi pendant les périodes de congé traditionnelles comme la Noël.
  11. Pour chaque euro gagné par un homme, les femmes ne reçoivent en moyenne que 0,54 euro. La discrimination salariale existe toujours bel et bien, en d’autres mots.
  12. 15% des femmes managers ont des relations sexuelles avec leur patron, 37% en reçoivent effectivement une promotion.
  13. Un travailleur moyen perd 100 heures par an dans le trajet domicile bureau.
Cherche à qui la crise profite
Il y a une phrase clé dans l'article d'Europe 1: Le constat peut étonner à l'heure où la crise sévit encore. Et oui, car il y a des gens à qui la crise pourrait profiter: les employeurs ! Quand il y a pénurie de main d’œuvre, on peut faire jouer la concurrence, baisser les salaires, augmenter le nombre d'heures, réduire les avantages sociaux, rendre les salariés corvéables: on trouvera bien quelqu'un sur le carreau prêt à tout pour s'en sortir... C'est un peu ce que Mr Wauquiez a en tête quand il parle du cancer de l'assistanat et veut faire travailler gratuitement les bénéficiaires du RSA.

Et la motivation dans tout ça ?
Les jeunes ne sont pas motivés. La phrase en elle même ne veut rien dire.
C'est quoi la motivation ? D'abord, ce n'est pas une qualité intrinsèque: il n'y a pas des gens motivés et des gens pas motivés. On n'est pas motivé par tout, tout le temps (ou bien on a un sérieux problème). Et on peut aussi ne pas être motivé par quelque chose qui motivera quelqu'un d'autre.
Faisons un parallèle: un homme au physique repoussant, méchant, pas drôle, sale, macho et vulgaire se plaint à un ami: "les femmes d'aujourd'hui ont un vrai problème: la preuve ? aucune ne m'aime" D'après vous, c'est aux femmes de se remettre en question ou bien à l'homme de changer ?
Voilà donc ma réponse aux DRH interviewés par Europe 1: vous trouvez que les jeunes diplômés ne sont pas motivés par les postes que vous leur proposez ? Et bien, demandez vous pourquoi vous n'arrivez pas à les séduire. (postes sous-qualifiés, mal rémunérés, précaires, sans perspectives d'évolution, sans gestion de carrière, avec des objectifs mal définis ou inaccessibles).
Et gardez cette phrase à l'esprit: if you want to pay peanuts, hire monkeys!

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